sam. 09 mai 2026
Ally Samatta : "Le HAC n'est pas juste un club de football"
L’attaquant tanzanien a débloqué son compteur-buts récemment, ayant fait montre durant toute la saison du même fighting-spirit que ses coéquipiers. Rencontre avec un globe-trotter du football, star dans son pays.
Quels sont tes sentiments après cette première saison au Havre ?
Je suis devenu amoureux du club, amoureux du lieu, et j'ai l'impression que Le Havre n'est pas seulement un club, c'est une grande famille. Si vous voyiez comment les joueurs, le staff et tout le monde autour se soutiennent l'un l'autre… c'est incroyable. C'est incroyable et ça me fait plaisir d'être ici, d'être avec tout le monde, de se battre ensemble et d'essayer de gagner pour nos fans.
Avais-tu entendu parler du HAC avant de venir ici ?
Oui. Parce que je suis un fan du football. J'ai l'habitude de regarder le football, je connais tellement de joueurs, et j'avais entendu parler du Havre avant, même si je n’avais pas vu les matches.
Que peux-tu me dire sur tes performances ici ? Tu as attendu longtemps avant de marquer…
J'ai essayé de m’adapter à la vie au Havre, au club, aux différentes langues. Comme je disais, j'ai essayé de comprendre tout autour. Parfois, ça peut prendre un peu de temps pour s'adapter, ou parfois, ça peut prendre moins de temps. Dans ma situation, c'était un peu long, mais je dois remercier les joueurs, le staff, les supporters, et tout le monde au club, parce qu'ils m'ont beaucoup aidé à ressentir que j’étais l’un d’entre eux, que nous nous battions ensemble et que le temps viendrait. Il y a tellement de gens qui m’ont dit cela ! Parce que c'est comme une famille, ce n'est pas juste un club de football.
Quel était ton sentiment après avoir marqué d’abord à Nice puis au Stade Océane contre Metz ?
Ça m’a fait du bien d'être en mesure de contribuer un peu à l'équipe. Mais le plus important, c'est comment nous sommes ensemble. Tout le temps, quand nous n'obtenons pas de résultats, quand nous obtenons des résultats, quand c'est un moment difficile, parfois sur le terrain, et à l'extérieur du terrain, nous restons toujours ensemble. Et je pense que c'est la chose la plus importante pour les joueurs, de se sentir dans l'équipe, et dans le groupe aussi.
Que penses-tu du football français ? Quelles sont les différences entre le football africain et le football européen ?
La différence est grande. Si je dois décrire chaque année différente, nous pourrions y rester jusqu'à demain ! (rires) Je vais parler un peu du football européen. Le système, comment ils découvrent le talent, comment ils réussissent à développer le talent, comment ils organisent le jeu, comment ils jouent au football, tout ça est un ensemble. C'est magnifique, c'est fantastique. J’arrive dans le championnat français, je suis là depuis un an, mais le rythme du jeu est énorme. Tout va vite. L’entraînement, les détails, tout doit être à un haut niveau. De la première minute où tu es dans le vestiaire jusqu'à la fin du match, tu dois être si concentré… Parce que le moment où tu n’es pas concentré, même pendant une minute, tu es puni. Donc le focus doit être à un très haut niveau !
Tu as une belle carrière, une longue carrière, tu as vu beaucoup de pays et des clubs. Quels sont tes meilleurs souvenirs ?
Les meilleurs souvenirs de ma carrière, de toute ma carrière ? Waouh ! Difficile… Difficile, parce que je dois me rappeler toutes les années où j'ai joué au football, depuis l’adolescence... Je vais en choisir quelques-uns, peut-être. Je vais dire, devenir champion en Belgique. Oui. C'était bien de devenir champion dans du football européen. J'ai également marqué en Ligue des Champions contre Liverpool… C'était tellement beau ! Et il y en a tellement, tellement… Même si je dois décrire chacun d'entre eux, je pense qu'on parlera aussi des buts à l'entraînement. Parce que parfois, les gens voient juste ce que tu fais dans le jeu ou à la fin de l'année. Mais il y a des moments dans l'entraînement où tu ressens de la joie et tu gardes ça dans ta mémoire pour la vie ! Je choisis ça aussi.
On m’a dit qu'il y avait deux stars en Tanzanie, le Kilimandjaro et toi. Est-ce vrai ?
(rires) Non, je ne pense pas ! Nous avons tellement de choses en Tanzanie… Il y a tellement de gens que je considère comme des stars, il y a aussi tellement d’endroits bien connus en Tanzanie. Si quelqu'un me dit qu’il y a le Kilimandjaro et moi, je ne pense pas que ce soit vrai ! (rires)
La Tanzanie n'est pas très connue en Europe. Est-ce un grand pays de football ?
Massif. Je pense que 80 % des gens parlent de football. Pour ceux qui connaissent la Tanzanie, je ne pense pas qu'il y ait autre chose dans lequel les gens soient plus connectés que le football. Tellement de gens regardent le football, soutiennent le football, parlent du football. Malheureusement, nous n'avons pas beaucoup de joueurs à l'étranger, comme certaines grandes nations africaines. Mais si tu parles de pays qui aiment le football en Afrique, la Tanzanie
doit être dans le top 3.
Je n'ai pas choisi le football, c'est le football qui m'a choisi !
Pourquoi as-tu choisi le football quand tu étais enfant ?
Je n'ai pas choisi le football, je pense que le football m'a choisi ! (rires) Quand j'ai grandi, mon objectif, après l’école, c'était d'être un soldat ! Mais le football est arrivé... Les gens me disaient que j'étais très bon. Après avoir terminé l'école, j'ai commencé à jouer au football et les gens me désignaient comme un très bon footballeur. Donc, je pense que le football m'a choisi !
Quel genre d'enfant étais-tu ?
C'est difficile à se rappeler. Mais je pense que j'étais un enfant très calme, qui ne parlait pas beaucoup, qui essayait de rester positif, mais sans parler. J'essayais d'être un ami, j'essayais d'être gentil et aimable. J'ai toujours essayé d'être aimable. Je ne sais pas, je n'ai pas entendu mes parents dire que j'étais ce genre d'enfant, même mes frères ne me l'ont pas dit. Je suis juste en train de m'imaginer comment j'étais comme enfant. Je n'ai jamais eu de problème avec personne. Je ne me souviens même pas d'avoir eu de confrontation avec mes frères et sœurs, ou avec quelqu'un dans la rue. Personne ne m'a dit que j'étais un mauvais enfant.
Quels sont tes intérêts dans la vie à l'extérieur du football ?
J’ai toujours été un fan de football. Tout autour de moi, c'était juste du football. Donc, la plupart du temps, je regarde du football. Au-delà de ça, j'essaie aussi d'apprécier le tennis. Au-delà de ça, c'est juste la famille. Ma famille, mes enfants, ma femme, mes frères et sœurs.
Ta famille est là ?
Elle est en Tanzanie. Je leur parle tous les jours en visio. Quand ils ont des vacances, c'est le moment où nous nous voyons.
Parles-tu français ?
(réponse en français, le reste de l’interview ayant été réalisé en anglais) Je ne sais pas ! Je comprends un peu, mais parler est un peu difficile pour moi !
Qu’attends-tu du match de dimanche face à l’OM ?
Nous devons respecter l'adversaire. Nous faisons ça lors de tous nos matches. Oui, nous devons respecter l'adversaire, nous préparer, et tout faire pour essayer de gagner le match. Et j’espère que nous le ferons.
Propos recueillis par Olivia Detivelle
Photos : Emmanuel Lelaidier