lun. 06 juillet 2026
Demba Ba : "Continuer à faire grandir le HAC"
Ancien attaquant de très haut niveau, international sénégalais ayant débuté le football au Havre (Mont-Gaillard, ASPAH, Frileuse), Demba Ba, 41 ans, revient sur son parcours et présente les premières lignes de son projet pour les Ciel&Marine…
Demba, le HAC, c'est un retour aux sources…
Un petit peu, oui.
Ça vous évoque quoi ? Ça vous fait quelque chose de particulier ?
Oui, bien sûr. J'ai grandi une partie de ma vie ici. Je suis né en région parisienne, on est arrivés assez rapidement au Havre et puis on est repartis aussi assez rapidement. Mais j'ai passé une partie de ma vie ici. Revenir ici et pouvoir travailler alors que j'ai tant de fois essayé de rentrer au centre de formation et qu'on n'a jamais voulu de moi, ça fait plaisir !
Avez-vous gardé des contacts avec des éducateurs, par exemple du Mont-Gaillard ?
Non, vous savez, j'ai fait quoi, 5 ou 6 ans ici au Havre, avant d'aller en sport études à Saint-Valéry-en-Caux, où j'ai fait 4 ans si je ne me trompe pas. Puis à mon retour de Saint-Valéry, la famille est repartie habiter à Paris. Donc non, pas trop. Les liens ici sont plus la famille et quelques amis. J'ai des frères et quelques cousins qui sont là.
De retour en région parisienne, vous signez à Montrouge. Vous avez un parcours de joueur assez particulier, avec le FC Rouen, la Belgique, avant donc de briller à Hoffenheim puis à West Ham, Newcastle, Chelsea, en Turquie, en Chine…
Oui, un parcours où il y a eu beaucoup d'embûches. Mais dans ma tête, c'était clair : je savais ce que je voulais faire et où je voulais aller. Et je m'étais mis ça comme objectif, et je suis content, j'y suis arrivé. Ça n'a pas été facile tout le temps. Et même quand vous pensiez voir le bout du tunnel, il y avait encore une petite bifurcation. Donc ça m'a permis de me forger.
Oui, c'est une bonne leçon pour la suite…
Pour la vie ! Et oui, ça a été vraiment un voyage qui a été exceptionnel, le voyage de ma carrière.
Si vous aviez un moment à retenir de votre carrière de joueur ?
Je suis content parce que j'ai connu le monde, j'ai voyagé, j'ai vu ce qui se passait, j'ai joué sur plusieurs continents, entre l'Europe, l'Asie, l’Afrique aussi avec l'équipe nationale, ça a été un apprentissage exceptionnel pour moi. Voyager, connaître et apprendre d'autres cultures, tout cela nous aide à nous adapter. L'adaptabilité me sert encore aujourd'hui. Ça m'a servi à apprendre à m'adapter au quotidien.
Ça ouvre l'esprit... Pour un être humain, c'est extraordinaire !
Tout à fait ! Tout ce qu'on entendait à la télé… Quand on est sur place, on voit quelque chose de totalement différent.
Les anciens joueurs, on les voit plutôt entraîneurs… Ça ne vous a jamais effleuré ?
Non, jamais. Je ne sais pas si j'ai la patience. Je les salue, les entraîneurs, parce que sincèrement, ce n'est pas un job facile, c'est peut-être le job le plus difficile qu'il y ait dans le monde du football. Je les salue, je les félicite, mais ça ne m'a jamais attiré.
Vous vous voyez bâtisseur ?
Un petit peu. J'aime regarder les choses avec une perspective un peu plus éloignée et y apporter quelques touches quand il le faut.
Votre passage en tant que directeur sportif à l’USL Dunkerque fut une vraie réussite. Quelle est votre méthode ?
Je pense qu'on reproduit tous certainement des schémas. J'ai mes schémas à moi, que je reproduis, mais ils sont différents en fonction des clubs dans lesquels je vais. Ce que j'aime faire, c'est arriver et observer. Pour moi, c'est la chose la plus importante, parce que, pour pouvoir mettre des choses en place, il faut connaître l'environnement, il faut le comprendre. Dans un premier temps, mon idée, c'est vraiment de connaître l'environnement et d'essayer de le comprendre. Et d’apporter à l'environnement ses besoins, parce que les besoins d'un environnement ne sont pas les mêmes qu'un autre. Donc, ça a l'air simple et ballot ! (rires) Je n'ai pas la recette miracle. Mais en tout cas, j'essaie de comprendre l'environnement dans lequel je me situe.
Sportivement, vous prônez deux choses : l'individualisation du travail et l'approche psychologique, la gestion des émotions. Ce sont vos deux piliers ?
Non, mais ce sont des pièces du puzzle. Développer un joueur individuellement va augmenter ses compétences, et en augmentant ses compétences, il va directement influer sur la performance de l'équipe. Donc, c'est très important pour moi que chaque joueur puisse se retrouver à 100 % de son potentiel, en tout cas, le plus proche du 100 % de son potentiel, peut-être au-delà même, de manière à ce qu'il puisse apporter sa pierre à l'édifice dans la performance collective. L'aspect psychologique, c'est tout le football, il se joue dans la tête. Pour moi, c'est très important. Et dans les aspects psychologiques, je pense qu'il y a tous les aspects motivationnels qui sont très importants… la conscience de soi… Il faut avoir conscience de qui on est avant de ce qu'on fait. Parce que ça commence toujours par l'être humain. Et la conscience de qui on est, c'est très important, pour n'importe quelle personne, peu importe d'où tu viens, ne jamais renier qui tu es parce que c'est ton socle, ce sont tes racines. C'est à partir de là que tu éclos, que tu grandis. Donc, pour moi, les aspects mentaux, qui sont multiples, sont très importants.
On est en pleine Coupe du Monde, ça peut être la gestion des émotions au moment des tirs au but…
Bien sûr. Ou alors, on peut penser à Monsieur Touré à Strasbourg ! A ce moment-là, il faut savoir gérer ses émotions, le stress, la pression du résultat. C'est tout ça ! Et à partir du moment où ça, c'est géré, ça devient plus facile de jouer.
Le HAC est un club que j'ai toujours suivi, toujours regardé.
Quelle est, à votre avis, la différence entre le foot que vous pratiquiez et le foot de maintenant ?
Il y a plus d’aspects quantifiables. L'avènement de la data, des données, est venu donner une dimension différente au football. Et en premier lieu, je dirai, dans ses aspects physiques. Le football est devenu un sport beaucoup plus physique, où si tu n'es pas un athlète avant d'être un footballeur, tu ne vas pas durer. C'est le monde du football dans lequel on vit. Il est beaucoup plus précis aussi, il va plus vite. Et tout ça, encore une fois, c'est l'avènement de la data, et de l'analyse aussi. Parce qu'il y a l'analyse du quotidien, qu'on en fait, mais il est devenu beaucoup plus précis qu'il n'était avant.
La data, vous appuyez beaucoup dessus ?
Bien sûr, je pense que c'est un outil formidable. Quand il est bien géré, bien maîtrisé et bien analysé surtout, il peut apporter une aide exceptionnelle.
Vous avez toujours suivi le HAC ?
Oui, toujours. Parce que c'est le premier club professionnel dans lequel j'ai rêvé de jouer. Même si ça n'a jamais été le cas, c'est un club que j'ai toujours suivi, que j'ai toujours regardé. Et je me suis toujours intéressé à ses résultats. Toujours. C’est le club doyen, c'est le premier. C'est un club qui, en plus, quand j'ai grandi, avait un centre de formation qui avait une renommée exceptionnelle. C'est un club qui attirait, c'est un club qui attire encore, je pense. Ou alors sinon, c'est que mon cœur est toujours aussi attaché ! (rires) Mais c'est un club qui, pour moi, doit être à un autre niveau qu'il ne l'est aujourd'hui. C'est ma vision du club du HAC.
C'est ça, votre projet, en fait, pour le HAC ?
C'est de venir et de continuer - et je dis bien « continuer », parce que le mot est important -, de continuer à le faire grandir. Félicitations à ceux qui étaient là avant, parce qu'ils ont fait un travail exceptionnel, il faut le reconnaître, et ils nous permettent, à nous qui arrivons, de pouvoir continuer. Bien sûr, tout n'est pas parfait. Il y a beaucoup de choses sur lesquelles il faut travailler, qu’il faut améliorer. Mais de la même manière que j'ai aussi fait un beau travail à Dunkerque, tout n'est pas parfait et celui qui va venir va avoir de meilleurs conditions, mais il aura d'autres choses sur lesquelles il va devoir travailler. Donc, on travaille dessus mais c'est un club qui doit être beaucoup plus haut, et nous, on va travailler, on va s'efforcer au quotidien à faire en sorte que le club puisse grappiller tous les ans des points, plus de points, plus de positions au classement… Une plus grande stabilité, je veux dire.
Vous dites « nous », alors, justement, pouvez-vous présenter les gens qui vous entourent ?
Alors, Romain Decool sera le directeur du recrutement et va s’occuper aussi de la coordination sportive. Quentin Rauzier sera le directeur sportif adjoint et va m'aider aussi dans les missions du quotidien avec l’équipe pro et le centre de formation. Alexis Huot-Marchand, lui, est un scout. Enfin, Pablo Lopez Fernandez rejoint le staff technique en tant que directeur de la performance.
Comment avez-vous rencontré ces personnes ?
Quentin Rauzier, c'est le football qui nous a fait nous rencontrer, et ça a bien accroché. Depuis le début, on a bien discuté. Quand j'ai vu qu'il s'était libéré, je me suis dit que, dans un prochain projet, ça pourrait être intéressant. Concernant Romain, j'avais absolument besoin d'un directeur scouting à Dunkerque quand je venais d'arriver, et il m'a été présenté par quelqu'un qui a refusé le poste de Dunkerque à l'époque. Et ensuite, on a recruté Alexis à Dunkerque. Enfin, Pablo, c'est une histoire de presque dix ans : il était prépa physique quand j'étais à Besiktas en 2016-2017. Ensuite, j'ai fini toute ma carrière avec lui. Quand j'ai commencé le projet d'après-carrière, il m'a rejoint.
Avez-vous un message à diffuser aux supporters havrais ?
La seule promesse que je peux leur faire, et je n’en ferai qu'une, c'est qu'on va travailler ! Dur. Et avec intégrité. Parce que pour moi, le plus important, c'est le club, c'est le logo, on travaille pour ça. Et si on fait les choses bien, on bénéficiera tous de cette réussite. C'est le message principal : on va travailler, on va donner tout ce qu'on a à donner et on planifie une certaine réussite en espérant qu'on puisse l'atteindre.
Propos recueillis par Olivia Detivelle
Photos : Emmanuel Lelaidier