sam. 24 octobre 2026
Marie Petiteau : « Ici, j’ai la confiance ! »
Arrivée cet été de Montpellier, la gardienne havraise (24 ans), après une saison blanche liée à une blessure au dos, retrouve son niveau, celui qui l’avait menée jusqu’aux rassemblements de l’équipe de France A…
Même si tu n'as pas joué en coupe LFFP, le séjour à Montpellier n’était plutôt pas mal !
Oui, c'était déjà bien parce qu'on a rapporté des points. Même en championnat, on fait que le nul, mais finalement, juste ne pas perdre le match, c'est déjà bien. Contre un concurrent direct, c'est important. Et puis en coupe, c'était un match assez tendu. Elles remontent à 2-2, alors qu’on gagnait 2-0, et dans les dernières minutes, ça bascule à 3-2. Donc on prend, ça fait du bien. Il faudrait que ça reste sur la même longueur d’ondes.
Même mentalement, les deux scénarios, parce qu’en championnat vous étiez menées, révèlent des choses intéressantes…
Ça montre un bon état d'esprit de l'équipe et de la volonté de bien faire, de se rattraper si jamais on est menées. C'est prometteur.
Ce qu’on avait déjà vu à Toulouse, alors que vous êtes menées rapidement et que vous gagnez, contre Saint-Malo, où vous gagnez en jouant à dix pendant une mi-temps…
Oui, c'est un gros caractère, un gros mental et il faut que ça dure. Il ne faut pas se reposer sur des acquis ou sur des choses qui ont déjà été bien faites.
C'était particulier pour toi de revenir à Montpellier ?
Oui, un peu quand même. J'ai passé six ans, entrecoupés de deux ans de prêt. Mais quand même, les trois dernières années, j'étais là-bas. Ça a fait bizarre de revenir, d'être dans l'autre vestiaire, de s'échauffer de l'autre côté du terrain, de retrouver certaines joueuses aussi. Mais l'identité du club a un peu changé, donc c'était presque comme si je jouais contre un autre club. Donc, ça a fait bizarre, mais en même temps, il y a eu les scores aussi. C'était bien et c'était plaisant de revenir quand même à Montpellier.
Avais-tu envie de te montrer particulièrement, de leur prouver quelque chose ?
Prouver, non, mais... oui, de leur montrer que même s'ils n'ont pas forcément eu confiance en moi pour me prolonger - parce qu’il y avait peut-être une prolongation qui était en vue, mais ce n était pas à la hauteur de mes espérances – donc montrer que c'était un bon choix d'être parti au Havre. Et que même après une saison blanche, même sans jouer, je leur ai montré que j'étais capable et qu'ils auraient pu avoir confiance en moi. Mais finalement, je suis quand même contente d'être parti au Havre parce que j'ai la confiance ici, je me sens bien dans le groupe et franchement, c'est le plus important, de reprendre du plaisir à jouer et jouer, tout simplement.
Justement, c'est ça ton impression après quelques mois au HAC ? Revenir en confiance ?
Oui, c'est ça. Après une saison de galères physiques, c'était reprendre plaisir et reprendre confiance sur le terrain. Et avoir la confiance des joueuses et du staff, c'est vraiment la base pour être performante derrière. Je suis contente d'être venue ici. Même si le temps commence à se gâter… (rires)
Alors là, il va falloir que tu t'habitues ! Tu avais eu quel genre de problème la saison dernière ?
Une hernie discale. Je me suis fait opérer. Entre octobre 2025 et avril 2026, ça m'a pas mal embêtée, j'ai eu une opération en janvier, ça a pris du temps, mais ça valait le coup parce que maintenant, je n’ai plus mal, je suis à 100 %.
Donc, tu te sens bien au HAC, et au Havre aussi ?
Oui, je suis très bien installée, on a un très bel appartement, pas très loin de la plage.
Comment viens-tu à jouer au foot ?
Mon grand frère faisait déjà du foot. Et j'ai un frère jumeau, on jouait déjà un peu dans le jardin. Au moment de commencer à faire un sport, tout le monde a été mis au foot ! Comme ça, pas besoin de faire des déplacements à droite à gauche, c'était la même équipe que mon frère jumeau, donc, à 6 ans, j’ai commencé le foot dans mon club de village, à l’AS Avensan-Moulis-Listrac, dans le Médoc. Pas mal de personnes dans ma famille font du foot, mais pas forcément à très haut niveau, c’était vraiment parce que j'aimais ça. Après, mes frères ont arrêté, mon frère aîné est parti au hand et mon frère jumeau au volley. Lui, il a arrêté le foot quand je suis partie de l'équipe masculine, il restait vraiment avec moi. En plus, il était défenseur central et moi gardienne, donc le pauvre, il s'en est pris un peu plus. C'était plus facile de lui parler, de crier dessus que de crier sur les autres ! (rires)
Tu étais la seule fille de cette équipe ?
Oui. J'étais avec les garçons jusqu'à mes 15 ans. Je trouve ça bien, de jouer avec les garçons, c'est hyper formateur. Tu joues avec des mecs qui ont le double de ton gabarit, autour des 15 ans, ils commencent à devenir plus larges, plus grands… Maintenant, le modèle part plus sur les centres de formation féminins, je trouve ça bien, mais pendant un moment, c'était bien d'être avec les garçons. En termes de caractère, ça forge, il faut se montrer. Je suis restée quelques années dans le même club, donc c’étaient toujours les mêmes garçons, et au final, c'était hyper protecteur.
Mais ce club, tu finis par le quitter…
Après ça, je rentre au Pôle Espoirs à Blagnac, à côté de Toulouse. Du coup, je suis obligée de passer dans une équipe féminine, aux Girondins de Bordeaux pendant mes trois années de lycée, et après, à mes 18 ans, je signe mon premier contrat pro à Montpellier, en tant que troisième gardienne. C’est pour ça que j’ai voulu partir en prêet parce que je n'ai pas du tout joué, en plus, c'étaient les années Covid, avec les confinements, etc. J’ai fait une première année en prêt à Saint-Malo, en D2. Je commençais mes études de kiné à ce moment-là, et j'avais envie de finir mon premier cycle, donc j’ai fait une deuxième année de prêt. J’étais à l’école à Rennes, je faisais l’aller-retour tous les jours, c’était éprouvant mais ça l’a fait ! Ensuite, je suis revenue à Montpellier pour trois ans. Et on arrive ici !
As-tu toujours été gardienne ?
Ça fait assez longtemps maintenant ! Au début, non, en débutants, je tournais un peu, et c’est venu, je pense, autour de mes dix ans, je suis arrivée un jour avec une paire de gants à l'entraînement, et voilà, je les ai gardés ! Mais à cette époque-là, il y avait tous les rassemblements régionaux, départementaux, etc., pour les filles, et quand je jouais avec les filles, j’étais sur le terrain, parce que le niveau n'était pas incroyable et j'avais envie de me faire plaisir. Et à un moment, à 15 ans, peut-être un peu avant, ils m'ont dit qu'il allait falloir choisir entre les cages et le terrain. Et voilà, gardienne !
As-tu toujours été grande ?
Oui, quand même. Plus fine avant, mais j'ai toujours été grande.
Garder des buts dont les dimensions sont faites pour les garçons, c'est handicapant ?
Oui, j'imagine que pour les gardiennes plus petites, il faut trouver des compensations. Aller plus vite, sauter plus haut, tendre plus loin... C'est vrai que moi, dans le domaine aérien, j'étais fainéante à un moment, à ne pas vouloir sauter parce que j'étais grande ! Après, au haut niveau, il faut essayer de sauter un peu plus, mais c'est vrai que ça aide d'être grande. Solène (Champagnac) me dit : « Quand on arrive face à toi, face au but, tu prends de la place, tu es imposante dans les buts » ! C'est important.
As-tu toujours pensé à devenir pro ? Etait-ce un rêve quand tu étais petite ?
En fait, je ne sais pas trop. Mes parents m'ont dit que oui. Je pense que ça me trottait quand même dans un coin de la tête, je regardais quand même les filles à la télé, ça donnait envie. Après, je pense qu'à l'époque, je trouvais ça un peu inaccessible. Avant de penser au Pôle Espoirs, je pensais plus à la section sportive. Au final, plus tu gravis des échelons, plus tu te dis que c’est atteignable. Quand tu passes aux Girondins de Bordeaux, tu te dis qu'il y a peut-être un truc, quand tu arrives autour de 13, 14, 15 ans, ça commence à être plus précis en tout cas.
Autrement, tu aurais été kiné !
De toute façon, j'ai le bagage, ça y est maintenant ! J'ai fini, j’ai le diplôme ! Pour l'instant, je le garde bien au chaud, je profite du foot à 100 %, ça a été quand même six années, une année universitaire et cinq ans en école. Ça a été dur de faire les deux… En soi, c'est faisable, mais c'est beaucoup de sacrifices, beaucoup de temps perso que je n'avais pas, ou que je consacrais aux études, aux révisions, aux cours que j'avais ratés le matin parce qu’il y avait entraînement... Mais voilà, c'est fait, je garde le bagage en poche et on verra plus tard ! Une bonne chose de faite !
Tu es tranquille, parce que maintenant les femmes peuvent vivre du football sur l’instant mais les salaires ne permettent pas d’envisager l’après-carrière…
Après la carrière, même si on avait des salaires démesurés, j'aurais aimé faire quelque chose. J'aime bien apprendre, toucher à des choses, j’ai besoin d’être occupée.
Lens, on ne va pas les prendre à la légère, d’autant qu’il y a quelques filles là-bas qui étaient au HAC avant. Il faut qu'on garde notre avance !
Quand tu étais petite, avais-tu des idoles, des modèles ?
J'avais des idoles, des gardiens. Encore aujourd'hui, même s’il approche de la fin de carrière, Neuer, ça a été un grand gardien que j'ai suivi. Et bien sûr, l’équipe de France, avec Lloris. Après, côté féminin, un peu moins parce que ce n’était pas encore assez développé quand je regardais. Je n’avais pas de gardiens chez les filles mais Louisa Necib, je pense qu’elle a bercé un peu notre enfance quand elle était en sélection.
Tu as été plusieurs fois convoquée en équipe de France, que retiens-tu de cette expérience ?
C'est hyper formateur. Tu arrives, tu es toute jeune, tu as toutes les filles d'expérience, Le Sommer, Renard, tout ça… Tu te sens petite à côté d'elles ! C'était hyper gratifiant, j'ai beaucoup appris, même si je ne suis venue que quelques fois. En fait, j'avais juste envie de prendre plaisir. Clairefontaine, je connaissais, mais les A, c'est encore autre chose, c'est un niveau. J'avais envie de prendre ce que j'avais à prendre et de donner ce que j'avais à donner. Et franchement, c'était hyper cool, hyper sympa. J'ai juste envie d’y retourner !
C’était la question suivante !
Oui, forcément, j’ai envie d’y retourner. Surtout après cette saison un peu compliquée, de reprendre, de jouer et de voir que tout va bien, ça va dans un coin de la tête. On verra prochainement. Là, j'ai retouché les U23 en début de saison, ça fait du bien de retourner à Clairefontaine, encore une fois, après un an, un an et demi. En espérant y retourner avec les A ! Et si ce n'est pas avec les A, avec les U23, c'est toujours un plaisir d'aller en sélection.
Après, je ne sais pas si c’est une chance, mais les autres gardiennes jouent à l’étranger. Toi, tu es en France, en termes de visibilité, ce n’est peut-être pas mal non plus…
Constance (Picaud) est partie en Angleterre. Pauline (Peyraud Magnin) est en Angleterre aussi, il y a juste Mylène Chavas qui est au Paris FC. Mais c'est vrai qu'elles sont un peu plus expatriées maintenant. Je ne suis pas trop loin, en plus ! (rires) Après, ils regardent les matchs de tout le monde. Mais se montrer, jouer, c'est le principal. Et faire des bonnes perfs.
En dehors du foot, que fais-tu ?
Maintenant, je n'ai plus mes études, donc, je prends beaucoup plus de temps pour moi. Beaucoup de lecture, je me suis remise à la lecture. Avant, c’était de la lecture de cours ! J'aime bien les livres sur le développement personnel, mais un peu romancés, comme Kilomètre zéro, Tout le bleu du ciel… J'aime bien aussi les livres un peu romancés sur des faits historiques. La sage-femme de Berlin, La sage-femme d’Auschwitz, tout ça, j'aime bien. Ce ne sont pas des faits réels, mais ça s’en inspire.
Et à part la lecture ?
Je prends plus le temps pour aller me balader, c'est important de prendre l'air. Ici, quand il ne pleut pas, c'est assez faisable ! Et après, je regarde quelques séries, j’aime bien les séries espagnoles qui passent en ce moment, mais pas trop longtemps, parce que je me lasse vite. Et, en films, avec mon copain, on s'est refait tous les Marvel cet été. Je lui ai fait découvrir.
Concluons avec la rencontre de ce week-end… Qu’attends-tu de ce match contre le RC Lens ?
Ça va être un match important face à un concurrent direct en championnat. Il faut qu'on garde notre avance et qu'on ne les laisse pas prendre de points. On ne va pas les prendre à la légère, d’autant qu’il y a quelques filles là-bas qui étaient au HAC avant. Il va falloir gagner, tout simplement ! On les avait jouées en prépa, on les connaît un peu, même si la prépa n’est pas hyper représentative, il y a eu le début du championnat depuis. On travaille bien, là, ça s’est enchaîné depuis le retour de sélection, avec le déplacement, les deux matches, ça fait dix jours qu’on est ensemble ! Dans notre groupe, tout le monde s’entend bien, ça se passe bien. Que ça dure !
Propos recueillis par Olivia Detivelle
Photos : Mathis Jousset / Emmanuel Lelaidier / Alicia Macé / Damien Patard / Olivia Detivelle