jeu. 17 septembre 2026
Solène Champagnac : « Le HAC, c’est toujours le combat ! »
Arrivée cet été et promue capitaine du HAC, la milieu de terrain de 27 ans évoque sa carrière, son parcours, ses attaches sudistes, mais aussi le foot féminin en général. Rencontre avec une joueuse que nous avons affrontée à plusieurs reprises et dont le caractère colle parfaitement aux attentes havraises !
Solène, quel bilan tires-tu de ces deux premiers mois au Havre ?
Un bon bilan, franchement, j'ai été hyper bien accueillie. Je connaissais déjà le coach et quelques filles, donc ça facilitait l'intégration. C'est un super groupe, autant les jeunes que les plus… expérimentées, on va dire !
Es-tu fière d'être capitaine de ce groupe ? D’ailleurs, t’attendais-tu à être capitaine ?
Je ne m'y attendais pas forcément, après, Maxime me connaît et sait que j'ai ce leadership en moi on va dire, et forcément je suis très fière, surtout que je viens d'arriver. Après, je pense que le groupe avait besoin de renouveau aussi, donc ce qui peut-être fait du bien aussi aux filles. Donc, très fière et j'ai très envie de remplir ma mission.
Ça n’a pas mal commencé, parce que, certes, vous perdez à Marseille, mais avec une bonne prestation, et vous l'emportez à Toulouse en renversant le match !
Oui, on fait une belle prestation à Marseille, forcément ça nous a rassurées individuellement et collectivement, et encore plus à Toulouse où nous sommes menées 1 à 0, et nous arrivons, avec le caractère de l'équipe, à faire basculer le match. C'est encore plus satisfaisant.
C'est l'ADN du HAC, ce caractère ! Tu ressens qu'il y a ça en nous ?
Oui, je le ressens ! Même quand j'étais adversaire du HAC, on le ressentait aussi, c'est toujours le combat, la gagne, le caractère, des valeurs axées sur l'athlétique aussi, beaucoup courir, beaucoup faire les efforts, ne rien compter, être lessivées à la fin des matchs… Je le sentais déjà quand je jouais contre elles, et je le ressens encore plus ici. Quand je suis arrivée, il y a eu une prépa très, très dure, je n'avais jamais fait de prépa comme ça, donc on le ressent encore plus ! Et le coach nous rabâche aussi que plus on va travailler physiquement, athlétiquement, plus les matchs seront abordables, et on aura les meilleurs billes possibles pour les gagner ! Comme on voit que ça marche, on a envie encore de faire plus. C'est ça qui est bien : tu bosses dur, mais tu vois aussi qu'il y a les résultats, donc tu ne dis pas que tu fais ça pour rien.
C'était particulier pour toi de revenir à Toulouse ?
Particulier oui et non, je n’ai fait qu'une saison… Oui, c'était particulier parce que j'ai vécu des bons moments là-bas, mais finalement pas plus que ça. J'avais envie de tout donner pour le maillot que je porte. Plusieurs fois dans ma carrière j'ai joué comme mes anciens clubs, et là ça ne m'a pas forcément dérangée, et ni de gagner en plus.
C'était étonnant que tu ne sois pas restée à Toulouse, alors que vous êtes montées…
Oui, j'avais besoin de renouveau, envie d'un nouveau challenge, et en plus quand j'ai eu Maxime au téléphone, c'est un coach que je connais forcément, et je voulais rentrer dans un club installé en D1, depuis plusieurs années.
Peux-tu nous raconter ton parcours de joueuse depuis petite ?
J'ai commencé le foot parce que mon frère faisait du foot, et je voulais faire comme lui. Mon premier club, c'était à l’AS Lattes avec les garçons, j'ai joué jusqu'au bout que je pouvais avec les garçons, et ensuite je suis partie à Montpellier, où j'ai passé une dizaine d'années, où j'ai fait toute ma formation, le collège, etc. J'ai intégré l'INSEP aussi, le Pôle France, mais à côté de ça je jouais toujours à Montpellier, j'appartenais toujours à Montpellier. En 2020, j'ai décidé de partir pour Rodez, pour avoir du temps de jeu, donc je suis redescendue d'un niveau, je suis allée en D2. J'ai passé deux belles années, on est montées en D1. Ensuite, je suis partie du côté de Saint-Etienne, pareil, qui venait de monter en D1, je connaissais le coach aussi, donc j'ai été deux ans capitaine de Saint-Etienne, c'était une grande fierté aussi. Ensuite, j'ai atterri à Toulouse l'an dernier, où on fait une montée aussi en D1. Là, Le Havre, c’est une équipe avec de l'expérience, qui est ancrée en D1 depuis quelques années, je me lance un nouveau challenge, loin de chez moi, dans le haut de la France !
Jouer au foot avec des garçons pendant des années, ça forge le caractère aussi !
Exactement, je pense que si j'en suis là aujourd'hui, c'est surtout grâce à eux, grâce à ma famille, mes amis, mais surtout parce que je suis passée par les garçons, et pour être intégrée, il fallait aussi montrer une grosse force de caractère, et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui je suis la personne que je suis. Je ne m'en rendais pas compte quand j'étais jeune, mais je pense que c'est ce qui a fait mon caractère.
Ce qui a peut-être aussi forgé ton caractère, c’est que tu as eu des blessures assez jeune.
J'ai eu les croisés, la première fois à 15 ans, et je ne savais pas ce que c'était. Pareil, j'étais toujours jeune, insouciante… Le seul truc qui m'a marquée, c'est qu'on m'a dit que je devais me faire opérer. Et je ne voulais pas du tout me faire opérer ! Peu importe de quoi, le doigt, l'ongle… En fait, ce qui m'a fait peur, c'était l'opération mais je suis très bien entourée, j'ai ma famille près de moi, mes amis, tout le monde… Et c’est passé comme une lettre à la poste. Ce n'est pas tant ça, on va dire, qui m'a forgée, c'est plus l'éloignement d’avec la famille, etc. Mais les blessures… j'ai tendance à relativiser un peu tout, à dire que ce n'est pas grave et qu'il y a pire dans la vie. J'ai fait mes rééducations et puis voilà, ça ne m'a pas plus anéantie. J'étais entourée, je ne voyais pas les jours passer. J'avais hâte de revenir, mais je l'ai plutôt bien vécu et c'est ce qui m'a permis de revenir lors de mes deux ruptures des croisés au bout de six mois. Au bout de six mois, je rejouais mon premier match. C'est ce qui a fait aussi que j'ai avancé très vite.
As-tu toujours eu cette idée d’être joueuse professionnelle ?
Au début non, c'était plus un passe-temps avec mes copains. Je suis très village, très attachée à mon village, très attachée à mes copains, à ma famille, et on habite tous au même endroit. Donc en fait c'était surtout pour être avec mes copains de l’école que je faisais du foot ! Et quand il a fallu prendre des décisions, partir en Pôle Espoirs, loin de la famille, là ça a commencé à être sérieux et je me suis dit que si je partais, c'était pour en faire mon métier. A ce moment-là, vraiment ce n’était plus un loisir, mais c'est devenu quelque chose qui allait m'amener une stabilité dans le futur.
Et avais-tu l’idée d’un autre métier, de quelque chose à côté ?
Non, honnêtement non, je n’avais pas forcément l'idée d'un autre métier. Mais en fait j'étais un peu jeune et insouciante, donc je ne me posais même pas la question.
Ce village, Pérols, dans l’Hérault, tu es désormais très engagée pour lui !
Oui. Je suis une jeune du village, et par ce que je fais, j'y suis beaucoup mise en valeur. Donc, ce qu'on me donne, je voulais aussi le rendre, alors quand le maire actuel m'a proposé de faire partie de la liste, j'ai dit oui avec grand plaisir. Et j’ai lancé ma marque de vêtements, Le Pérolien, parce que même si je suis loin, même si quand je peux je rentre, je voulais montrer que j'étais attachée moi aussi à mon village.
Je suis très surprise par Le Havre, dans le bon sens. Le bord de mer est très beau, et je trouve les gens hyper accueillants.
La place du foot féminin en France actuellement, qu'en penses-tu ?
C'est un gros sujet. Je pense que c'est compliqué et ce n'est pas compliqué dans le sens pour nous, les joueuses, c'est compliqué parce que la mentalité française n'est pas assez ouverte, que déjà de base la place de la femme dans la société, c'est difficile. Il faut toujours se battre, il faut toujours prouver, plus qu'un homme, même dans des boulots dits normaux. Et là, en faisant un sport qui est plutôt masculin, il faut encore plus, donc c'est hyper compliqué. En fait, ça part aussi de la mentalité française ! Les Français, on est très fermés ! On a toujours un mot sur tout ! Par exemple, on a un joueur magnifique, Kylian Mbappé, qui représente la France, et, tous les quatre matins, on va lui trouver des problèmes, alors que dans les autres pays, Messi, Ronaldo sont adulés. Donc je pense que c'est surtout la mentalité française qui a un problème… Après, malheureusement, on n'a pas forcément de résultats sur le plan international, ce qui donnerait aussi de l'engouement pour les jeunes. Alors j'espère qu'à l'avenir on en aura mais pour l'instant c'est vrai que, voilà, en Espagne, ça commence à prendre parce que championne du monde, championne d'Europe, l'Angleterre nous a devancés, l'Allemagne aussi, parce que forcément ce sont des nations qui investissent dans le football féminin. Je pense aussi qu’à partir du moment où les gens mettront du temps, de l'énergie dans le football féminin, ne regarderont pas que le côté financier, ça commencera aussi à prendre.
Que fais-tu en dehors du foot ?
Je suis très séries, films, comédies françaises… j'aime bien les trucs français ! Je suis très Plus belle la vie, les séries comme ça… Même les films français, comme Les Tuche… Je soutiens le cinéma français ! Sinon j'appelle ma famille très proche, toujours de ma famille j'appelle tous les jours, mon frère, ma mère, mon père… Tous les jours, même à 27 ans, le cordon ne lâche pas ! (rires) J'appelle mes amis, mes copains, et je rentre dès je peux !
Et la ville du Havre, tu en penses quoi ?
Surprise dans le bon sens ! Je n’étais jamais venue, à part quand j'y jouais, mais on voit une gare et un terrain de foot… Mais très surprise, le bord de mer est très beau, et je trouve les gens aussi hyper accueillants. Quand je suis venue avec ma mère, une semaine au début, ce qui est ressorti pour toutes les deux, c'est que tout le monde est très accueillant, les gens sont hyper sympas, que ce soit à la caisse du supermarché ou n'importe où, dans les restaurants… les gens sont hyper gentils. Nous, dans le Sud, c'est plutôt une mentalité un peu speed, on parle fort, on ne prend pas forcément le temps avec les gens, alors que là, les gens prennent du temps avec toi. Je trouve ça hyper bien !
Revenons à l'actualité : comment abordes-tu le match de vendredi face à ces monstrueuses Lyonnaises ?
C'est toujours compliqué d'aborder un match contre Lyon. Forcément, ce n’est pas du tout notre championnat, on est une équipe qui joue le maintien… Comme on dit, on va y aller avec nos armes, on va rendre la plus belle copie qu'on puisse rendre, on va se dépouiller sur le terrain et on verra bien ce qui se passe. C'est toujours compliqué de jouer contre Lyon, dans le championnat ce n’est pas la date que tu coches en priorité ! C'est toujours impressionnant… Aussi leur aspect athlétique quand tu es à côté ! Tu les vois souvent à la télé, tu ne t’en rends pas forcément compte, mais quand elles sont à côté de toi, ce sont des armoires ! Forcément, sur le terrain, on essaie de faire en sorte de subir le moins possible, donc tu ne calcules pas trop. Mais c’est vrai que quand il y a des temps de répit, elles sont là, elles sont à côté de toi, tu te dis que ce sont de vraies athlètes. Le tout est de ne pas avoir de regrets.
Propos recueillis par Olivia Detivelle
Photos : Mathis Jousset, Mégane Fréchon, Emmanuel Lelaidier, Olivia Detivelle