sam. 07 février 2026
Felix Mambimbi : « Ici, tu vois que ça a souffert ensemble et ça a créé des liens ! »
L’offensif suisse, âgé de tout juste 25 ans, prend ses marques en Ligue 1, et on le voit de plus en plus ! Rencontre...
Comment commences-tu le foot ?
Mon grand frère, de quatre ans plus âgé que moi, joue au foot. A ce moment là, je pense qu’il doit avoir huit ans, moi j'ai quatre ans et au début ça ne m'intéressait pas plus que ça, mais une fois je suis allé voir un match et il a tiré un coup franc… Je me suis dit que ça avait l'air trop cool ! J'ai eu aussi envie de faire ça et j'avais dit à mon père à l'époque, que je voulais aussi m'inscrire. Je me rappelle que c'est depuis ce jour là qu'on avait sollicité le club de mon quartier, Schönberg, dans ma ville de Fribourg, pour que je puisse intégrer aussi l'équipe, mais j'étais trop petit. J'ai quand même pu jouer mais au début j'étais un peu la mascotte des tournois, parce que le maillot m'arrivait aux chevilles et quand on me faisait rentrer, il y avait tout le monde qui venait autour du terrain parce qu’il y avait un tout petit comme ça qui essayait de pousser le ballon ! C'est un peu comme ça que j'ai commencé.
Et tu as combien de frères et sœurs ?
Un seul, un grand frère.
Ton papa aimait beaucoup le foot ?
Il aimait beaucoup le foot, il regardait tous les matches, en fait le sport en général. Il m'a vraiment donné cet intérêt pour tous les sports, foot, tennis, basket, boxe… Le hockey, je n’étais pas trop fan, alors que c'est réputé chez nous en Suisse. Franchement, il pouvait regarder la natation, quand il y a les JO, il regardait tous les sports, il aimait vraiment beaucoup le sport et donc c'est comme ça que naturellement j'ai continué à toujours suivre le sport en général.
Tu avais des idoles quand tu étais petit ?
Je pense que le joueur qui a marqué mon enfance, c'est Messi. C'était, je pense, le joueur qui interprétait le mieux ce que j'aimais dans le foot. Et ouais, je me souviens franchement les années 2010 comme ça, 2008, 2009, 2010, incroyable, incroyable. Après en grandissant il y a Neymar qui est arrivé aussi, mais en vrai le seul joueur dont j’avais des posters, c'était Messi.
Et la suite ?
J’ai joué au Schönberg dans mon club de quartier jusqu'à mes 11 ans, 11 ans je pense, ou 10 ans, peut-être. Après il y a le club de la ville qui vient me chercher, et donc je vais à Team AFF. En gros, c'est un regroupement de tous les meilleurs joueurs de la ville. Et après, j'ai fait là-bas trois ans. Là, tu commences à jouer contre les autres clubs importants du pays. Après, à 13 ans, j'étais vraiment très en avance, je progressais très vite, etc. Puis on a pensé, avec mes parents, mon père surtout, mon frère, que j'avais besoin d'un step pour continuer à progresser. Parce qu’en fait, quand tu prends le foot trop pour de l'amusement, tu n'es plus aussi sérieux, et tu ne progresses pas vraiment. Les clubs, les plus grands clubs, vont recruter très jeunes dans les plus petits clubs, et après je devais faire un choix un peu sur les différents grands clubs qui me voulaient en Suisse.
Tu signes donc aux Young Boys de Berne.
Je suis allé chez Young Boys parce que ça me permettait de rester à la maison. Je faisais les trajets en train, c'était à vingt minutes, et ça me permettait de rester à la même école, de toujours vivre avec mes parents, etc. Donc, en termes de stabilité, ça m'a beaucoup aidé.
Quel genre d’enfant étais-tu ?
Plus petit, j'étais très hyperactif, beaucoup ! Je bougeais toujours, je me faisais mal, je me cognais la tête partout,j'avais toujours des bosses, je sautais sur le lit, j'étais vraiment très, très actif. En grandissant, je me suis calmé, et puis je pense qu’avec le fait de très rapidement s'entraîner trois à quatre fois par semaine, ton énergie, tu l'as bien dépensée, donc tu es plus calme après !
Et à l'école ?
A l'école, j’étais très bon élève, j'ai dû arrêter beaucoup plus vite que prévu, à cause… Non, quand même, on ne va pas abuser, grâce au foot ! Mais oui, j'étais un très bon élève, j'ai fait des études supérieures. En Suisse, c'est obligé jusqu'au collège. Mais moi, après, j'ai continué le lycée, alors que, chez nous, ce n’est pas obligé, c'est si tu as les compétences. Donc, j'ai fait encore trois ans, normalement la quatrième année tu dois faire encore, mais si tu veux. Moi, je n’ai pas pu faire la quatrième, je me suis arrêté à la troisième, j'ai fini, j'ai eu mon diplôme de l'école et après j'ai arrêté. J'avais 17 ans, 18 ans, et la dernière année je commençais déjà à m'entraîner avec les professionnels. Et là le truc, c'est que le niveau des cours est assez élevé, donc, ce n’était pas vraiment dur mais c'était rythmé. Le matin je venais pour deux heures de cours, après je partais, après il y avait une branche (NDLR : l’équivalent d’une matière en France), par exemple qu'on avait une fois par semaine, mais j'arrivais au plein milieu parce que j'allais à
l'entraînement, je revenais et puis c'est 20 minutes, 25 minutes de train, etc. Donc tu vas à l'entraînement, tu reprends les 25 minutes de train, tu viens à l'école, et tout... Donc je devais beaucoup solliciter les profs pour qu'ils me donnent le résumé des cours et tout, mais ça s'est bien passé. Franchement c'était, je pense, peut-être la meilleure période de ma vie maintenant avec le recul, parce qu'en fait tu n’as pas de responsabilité parce que tu es chez les parents et tout, mais tu fais plein de choses, tu es à l'école, tu as le foot, et c'est excitant parce que tu sais que les examens sont importants à l'école, que les matches sont importants au foot, que tu commences à t'entraîner avec la première équipe. C'est vraiment excitant et puis quand tu regardes en arrière, tu te dis, que ce n’était pas mal. Surtout quand tu prends entre guillemets de l'âge, que tu grandis, tu te dis « ah ouais j'étais jeune et c'est ça ». Franchement, ce sont des beaux souvenirs. Et puis ce sont de sacrés challenges, tout faire en même temps !
Qu’aurais-tu voulu faire si tu n’avais pas été footballeur ?
Je pense prof, j'aurais bien aimé être enseignant. Enseignant en français, histoire, éducation physique.
Peut-être pour ta reconversion ! Même si tu as le temps !
Je ne sais pas, je pense que le train est passé…
Donc, te voilà aux Young Boys Berne, où tu te forges un sacré palmarès ! Trois titres de champion. une coupe de Suisse, la découverte de l'Europa League, de la Champions League…
Franchement, c'était cool et je ne me rendais pas vraiment compte, parce que déjà c'était mon club formateur. Tu gravis les échelons, U16, U18, et les U21, une catégorie qui existe chez nous, en Suisse. Après, il y a eu la première équipe… Au début tu t'entraînes, après il y a un qui se blesse donc tu es une fois dans le groupe. Après tu fais bien, tu vois que finalement tu ne sors plus du groupe. Après tu rentres, après tout se passe, après tout à coup tu joues titulaire en Europa League, tu marques et ça continue. Il y a tout dans l'enchaînement et donc tu ne te rends pas vraiment compte. Tu fonces seulement et c'est plus après que tu te dis que ce n’est pas tout le monde qui a la chance de jouer dans un club qui va jouer l'Europe, etc. Et puis surtout, c'étaient les plus belles années du club à ce moment-là, avec Guillaume Hoarau ! Même lui, je pense qu’il a vraiment adoré cette époque-là. J’ai eu extrêmement de la chance. On a fait des exploits de fou et moi, j'ai vraiment participé, j'ai joué les matchs, j'ai commencé des matchs. Donc, c'est d'autant plus gratifiant.
Si tu avais un moment à retenir de cette époque-là, un match, quelque chose ?
Non en vrai c'est obligé, c'est Europa League. On est obligé de gagner. Si on ne gagne pas, on n'a plus aucune chance de passer au tour à élimination directe. Le coach me fait commencer, et c'est fou parce qu'il me dit que là on a besoin de ce type de joueur-là qui fait ça. Après quatre minutes je crois, je me retrouve face au but, je marque d’une pichenette. Et je mets deux buts, on gagne 3-0 (NDLR : contre le CSKA Sofia, novembre 2020). C'est un beau souvenir. C'est un peu ça avec la Champions League, les qualifications, on joue contre Ferencváros en Hongrie et je marque le but qui nous qualifie pour la Champions League (NDLR : août 2021). C'était surtout dans la période où j'étais un peu moins confiant, c'était un nouvel entraîneur, pas celui avec qui j'avais fait un peu tous mes débuts en professionnel, il avait changé. Donc c'était un peu plus compliqué mais j'ai eu ce... Mais non je dirai quand même l’Europa League !
Je pense que les bons entraîneurs sont durs. Au début, tu ne comprends pas, puis...
En 2022, tu es prêté aux Pays-Bas, au SC Cambuur.
En fait, quand tu es jeune et tu commences en pro avec un entraîneur qui... je pense que les bons entraîneurs sont durs. Au début, tu ne comprends pas, puis tu commences à comprendre. Après il y a quand même une relation qui se crée et tu grandis avec cet entraîneur-là, tu gravis des échelons avec cet entraîneur-là. Et puis, à un moment où je pensais que j'allais vraiment m'épanouir, il est parti et étant jeune et en n'ayant pas l'expérience, on ne se dit pas que ça va avoir un impact. Quand il y a un nouvel entraîneur qui arrive, tu te dis « ah ben, ce n’est pas grave, je vais continuer où je me suis arrêté ». Eh bien non, c'est une nouvelle idée, lui il vient mais il vient peut-être pour
jouer et repartir directement parce que c'est un coach allemand qui entraîne en championnat allemand. Ça ne se passe pas très bien, on perd le titre, etc. Après cette année-là où il y avait eu beaucoup de promesses du club, ça ne s'est pas passé comme prévu. J'ai voulu quitter, ce qui n'était pas forcément la bonne chose. Et je vais aux Pays-Bas, au SC Cambuur, le championnat est OK. Je me dis qu'il y a quelque chose à faire, etc., mais après c'est parti en vrille. Le club n’était pas stable, il y avait de nouveaux dirigeants qui ne voulaient faire jouer que des joueurs devant potentiellement rester, parce que ça joue le maintien ou le bas du classement, à un moment donné on est condamnés à descendre. Moi je viens d'un club plus huppé, donc ils vont se dire qu'ils s'en foutent. Bref, ça ne se passe pas bien. Et là, c'est mon premier coup dur dans ma carrière. A ce moment-là, je me dis OK, je veux retourner aux bases. Et surtout que là, l'entraîneur allemand s'était fait virer. Après, c'est encore un nouvel entraîneur que tu connais encore moins. Il entend qu'un jeune, par frustration, a demandé à quitter. Donc il va peut-être un peu se faire des idées sur moi. Quand je reviens, je vois que ça ne va pas coller. Le club partait aussi sur un nouveau cycle et moi, je faisais partie de l'ancien cycle où il y avait eu les succès. Et là il repartait pour avoir du succès ! Des fois, c'est comme ça. Il n'y a pas forcément qu'ils ne te trouvent pas bon ou quoi, mais c'est juste que c'est un nouveau cycle. Et moi, je me dis « qu'est-ce que je dois faire ? » Je sais que je dois être quelque part où je connais, donc ça veut dire la Suisse. Et il y a Peter Zeidler, il entraînait en France, d'ailleurs, à Sochaux, il était à Saint-Gall, et il m'appelle parce que, justement, j'ai joué contre lui des années quand on les battait, etc. Il me dit de venir.
Te voilà donc à Saint-Gall !
La première année ne se passe pas bien, je ne joue pas. Et je ne sais pas vraiment pourquoi, parce que justement l'entraîneur m'avait appelé pour que je vienne, etc. Il avait surtout compris la situation : j'étais monté très haut, là j'avais eu un coup dur. Donc, en gros, là il fallait me relancer et tout, mais bon ça ne s'est pas passé comme prévu. Et là, deuxième coup dur. Donc en deux ans, deux coups durs ! J'ai toujours confiance en moi, mes capacités, je pense que c'est ça qui est important quand c'est dur, c'est que finalement tu n'as le choix que de croire en toi. C'est toi et toi ! Et Peter Zeidler part, un nouvel entraîneur arrive, et un peu plus dans ce que moi j'ai connu jusque-là dans ma carrière, c'est-à-dire un coach jeune, qui habitué à travailler avec ma génération, avec nos qualités, nos défauts. Et ça marche, c'est un Allemand. Aux Young Boys, c'était un Suisse, mais les Suisses se calquent beaucoup sur l'Allemagne. Je sais ce qu'il va attendre d'un joueur offensif, etc. Je réussis, alors que je n'ai pas joué l'année d'avant. Et le coach m'a kiffé ! Là on a joué, j'ai joué, on s’est qualifiés pour la Conference League, je crois que c'était la première fois de l'histoire du club. En tout cas, de moi vivant ! (rires) Et on joue la Conference League, il y a des beaux matchs, on joue contre le Cercle Bruges le premier match, on se fait éclater, mais je marque. Après on a joué la Fiorentina, j'ai marqué aussi. C'était un match serré contre la Fiorentina, franchement, on mène, après ils reviennent, après on revient. Mais à la fin, on est punis quand même (NDLR : défaite 4-2). C'était un beau match, c'était la première fois qu'un club aussi grand venait au stade, donc c'était une belle fête pour le club, etc. Ils étaient contents. C'était intéressant, j'ai pu me distinguer quand même en Coupe d'Europe, en championnat aussi j'ai eu des bons moments. Et après, c'était ma dernière année, et souvent, entre le club et le joueur, des fois c'est le joueur qui joue, des fois
c'est le club qui joue. Pour le coup, c'était le club au début qui jouait un peu, mais après finalement, j'ai fini la saison en grande forme. Et finalement, c'est moi qui avais un peu les cartes en main. Finalement, je n'avais pas le sentiment que j'avais quelque chose à prouver à qui que ce soit. Moi, c'était juste pour rejouer, remontrer, être en forme quoi, et repartir. Donc quand le club veut me prolonger finalement, ce n’est pas trop dans mes plans, pas trop mon idée. Je vais en vacances, mais je respecte quand même, je discute avec mes agents, et après, rapidement, il y a le HAC qui arrive.
Comment se passent tes premiers contacts avec le HAC ?
C'est simple, je suis en vacances, mais je travaille déjà pas mal de mon côté parce que je ne sais pas quand est je vais signer dans un club, je me tiens en forme parce que souvent, je fais l'erreur de trop profiter de mes vacances ! Là, je bossais, et puis début juin, mon agent m'appelle, me dit, que le HAC veut faire une visio avec moi, etc. Je regarde, ils sont restés en Ligue 1 l'année passée, tout le monde a vu la vidéo d'Abdou, tout ça ! Je dis OK, on fait la visio début juin, avec Mathieu Bodmer, Momo El Kharraze, et Julien Momont. Mathieu me connaît déjà depuis un moment, il m’a suivi. Ils me connaissaient vraiment, mes caractéristiques, mes qualités, où je peux faire mal, et en fait, c'est ça qui m'a un peu... qui a fait que je ne me suis plus trop posé de questions… Parce que souvent, les clubs peuvent te vouloir, mais c'est un peu par ton nom, par tes stats, mais ils vont découvrir un peu sur le tas tes qualités et tout. Mais là, moi, je savais que Mathieu connaissait, en tout cas, Mathieu connaissait mes qualités très, très bien, et Julien aussi. A une époque, Julien était consultant sur RMC, et moi, j’ai joué la Champions League, et il a eu une fois à m’analyser. Après, j'ai discuté avec le coach, j'ai pu unpeu mieux apprendre à le connaître, il a été très transparent, etc. Moi aussi, j'ai été assez transparent sur comment je suis, je sais que j'ai ma personnalité, mon caractère, je suis comme je suis, donc j'ai préféré quand même lui dire d'entrée, et lui aussi, et voilà, ça s’est fait ! Très vite, on était OK.
Quelles sont tes premières impressions quand tu arrives ici ?
C'est qu'il y a un vécu dans le groupe, parce que tout le monde est pote un peu avec tout le monde. Tu vois que ça a souffert ensemble et ça a créé des liens, il y a eu du succès ensemble, ça tu le sens très rapidement, parce que tout le monde est avec tout le monde, c'est vraiment ça qui m'a le plus frappé. Je me suis dit que, oui, c'est sur un pénalty à la dernière minute, mais des fois, la chance, si elle sourit, d'un côté comme d'un autre, c’est souvent pour des raisons. Et ça je l’ai vraiment beaucoup senti, donc ce qui fait que c'est très facile à t'intégrer, parce que tu n’as pas à réfléchir qu’il faut parler plus à lui ou lui pour être intégré en fait : peu importe à qui tu parles, tu es intégré ! Et c'est ça qui a fait qu'au bout de deux semaines, à la fin du stage, c'était bon !
Tu découvres donc un nouveau championnat. Pour toi, quelles sont les différences entre la Ligue 1 française et la Ligue suisse ?
C'est vraiment, vraiment, vraiment différent, et surtout que, en fait, le championnat suisse, quand tu es jeune, c'est nouveau, c'est quand même le cadre professionnel, le monde professionnel, le niveau professionnel, donc il y a ce temps d'adaptation, mais une fois que tu l'as, c'est tranquille, mais là, en arrivant en France, l'intensité, l'impact physique, la qualité des joueurs, la qualité du championnat… tous les matches sont durs. Très souvent, dans le championnat suisse, j'étais dans l'équipe qui était favorite, et là tu es chez l’outsider, donc c'est totalement différent comment tu vas appréhender le match, comment tu vas le préparer, comment peut-être garder un match nul, qui est aussi intéressant, parfois jouer un peu plus, comment dire, être un peu plus rugueux sur les duels, avoir un peu de vice, ce sont des choses que je n’avais pas encore eu besoin de faire en Suisse. Certains en Suisse l'ont déjà acquis, parce que c'était le moment pour qu'ils puissent passer ce step-là dans le championnat, mais moi, en Suisse, je n’avais pas forcément besoin. Là, en France, il te faut tout !
Donc ça a pris un certain temps avant que tu n’y arrives...
En fait, je n’étais pas surpris mais parce que j'ai joué des compétitions européennes. Je me suis dit bon, OK, mais c'est différent, par exemple il y a beaucoup de matchs européens que j'ai trouvé plus faciles que la Ligue 1. C'est encore différent en Europe, et donc déjà aux entraînements, même les entraînements c'est beaucoup plus rugueux, beaucoup plus intense, et surtout c'est qu’on doit se donner à 100% la semaine, voire plus, pour qu'après le week-end… Dans les clubs où j'étais avant, c'était plus on chauffe la machine tranquille la semaine, et il y a le match le week-end, c'est là qu'on va ! Des habitudes que j'avais peut-être et que j'ai dû réadapter.
Avoir cette responsabilité du bonheur des gens, c'est quelque chose de fou !
Et donc tu marques ton premier but le jour de tes 25 ans, à Rennes, le 18 janvier dernier ! Qu’as-tu ressenti ?
Je ne pense même pas à mon anniversaire, je ne fête pas mon anniversaire, je n’aime pas avoir l'attention sur moi plus que d'habitude. Donc finalement pour moi, c'était un jour comme un autre, mais après, quand tu as vu le match qui était très difficile, la manière dont je marque, et c'est moi, au final… C'est drôle ! Et ça nous rapporte un point, ça fait du bien, mais c'était plus dans l'esprit collectif qu'on draine, face à un adversaire compliqué, de réussir à prendre un point. J'étais juste content que ce but permette de prendre un point, c'était ça.
Est-ce que Rassoul te dispute la paternité de ce but ?
Au début je ne sais pas, peut-être qu'il frappe et voit le ballon au fond, je ne sais pas s'il avait vu que j'avais touché, mais si ça ne me touche pas, je ne pense pas que ça rentre. Mais après, contre Monaco, je lui mets une passe dé gratuite, et il ne m'a pas rendu la pareille !
Comment juges-tu les performances du HAC depuis le début de saison ?
Moi du point de vue de l'intérieur, je suis content de faire partie de ce groupe, parce qu'en vrai on se donne à fond, on essaie de se dire les choses, on reste soudés même quand c'est plus compliqué. On a fait des résultats intéressants dans des matchs qui étaient difficiles. Après, il y a cette frustration, on a eu pas mal de fois où ça aurait pu tourner, on a eu beaucoup de matches comme ça. Finalement, il faut continuer à essayer à ces tournants-là, même si on le loupe une fois, il faut essayer le deuxième, troisième, quatrième… On n'a pas le choix de toute façon. Je suis content, parce que ce n'est pas simple : on connaît la situation du club, surtout par rapport à nos concurrents, ce n'est pas la même réalité. Mais au final, si quelqu'un de l'extérieur vient voir, je ne sais pas s'il peut dire que c'est nous qui n’avons pas d'argent. Je trouve que, franchement, on donne tout, des fois ça paie, des fois pas, mais on ne triche pas.
Et tes propres performances, comment tu les juges ?
Je pense que je n'ai pas été mauvais sur les matchs. Après, il y a eu des matchs où j'ai été bon, d'autres dans la moyenne. Et après, franchement, je suis très collectif, et, en plus dans le contexte-là, j'arrive moins à penser à moi. Il y a des fois où je suis un joueur qui est plus avec le ballon, mais il y a des fois où je me satisfais d'avoir couru pour l'équipe. Parce que c'est le match qui demande. Quand je suis sur le terrain, j'essaie d'être à la disposition de l'équipe sur ce qu'elle a besoin à ce moment-là, j'essaie de faire mon mieux pour faire pour quoi on m'a recruté. Globalement, je suis quand même satisfait, parce que je pense que du championnat d’où je viens à maintenant, c'est quand même intéressant.
Dimanche, le HAC reçoit Strasbourg. Qu’attends-tu de ce match ?
Quand on a joué contre eux la première fois (NDLR : le 14 septembre, défaite 1 à 0 à la Meinau sur un penalty dans les arrêts de jeu), c'était un peu le même contexte que maintenant, dans le sens où, si on les battait, on basculait du bon côté. Là, c'est un peu pareil. Après, ils ont eu un changement de coach, mais ils donnent bien, ils sont dans une bonne dynamique. C'est costaud. Mais on va jouer à la maison, cette année, à la maison, on est bons, on pose des problèmes. Donc, franchement, on verra, mais je pense qu'on doit y aller pour gagner.
Que penses-tu du public havrais, et français en général ?
Il aime beaucoup plus le foot qu'en Suisse. En Suisse, c'est un divertissement, et voilà, l'équipe a perdu, on n'a pas bien joué, on verra le week-end prochain… Alors qu'en France, et au HAC aussi, ça touche, quand ça va bien, tu sens qu'ils sont vraiment heureux, mais quand il y a une contreperformance, tu sens que ça les touche vraiment. Et en fait avoir cette responsabilité du bonheur des gens, c'est quelque chose de fou, parce que c'est du foot, et les gens qui sont passionnés comme ça, c'est beau à voir, mais tu as une responsabilité. Et ça, je l'ai ressenti, parce que quand ça gagne, tu sens qu'ils sont vraiment fiers, même des fois quand c'est un match nul mais ça s'est battu jusqu'à la dernière minute, tu sens vraiment qu'ils sont fiers de nous. Et quand parfois ça va un peu moins bien, tu vas sentir leur mécontentement parce qu'ils sont touchés. C'est ça qui m'a beaucoup plus frappé, c'est l'importance des résultats du club sur l'individu. On a eu deux déplacements, à Lens, à Rennes, où c’était beau ! Nous, on était en bus, et je me suis dit que c’était loin, quand même ! (rires) Et puis, en Suisse, les distances sont beaucoup plus petites ! Et, en France et en Suisse, il y a quand même une différence sur l’aspect financier, ici, les salaires sont différents. En Suisse, dans les clubs où j'ai joué, le stade était toujours rempli. Mais je n'arrive pas à me dire que c'est un sacrifice parce qu'en Suisse tu gagnes plutôt bien ta vie, etc. Après, c'est clair qu'ils peuvent faire autre chose que venir au
match ! Mais c'est vrai qu'en France, en voyant, en connaissant aussi un peu la vie d'une personne lambda en France, de venir faire des déplacements… c'est des longs déplacements !
Que penses-tu de la ville du Havre ?
Ça me va… Mais je ne sors pas vraiment, je suis toujours à la maison. Mais ça me va parce que ça ressemble un peu à la ville d’où je viens. C’est calme, les gens ne se prennent pas trop la tête, chacun fait sa vie, ne dérange pas les autres.
Donc, tu te plais au Havre ? On dit souvent que ça manque de soleil !
En fait, je n'ai pas trop connu un endroit avec beaucoup de soleil pour faire le mec qui dit qu’il ne fait jamais beau ! (rires) Mais de toute façon, je suis à la maison et quand tu es à la maison et qu’il pleut, c'est toujours plus satisfaisant !
Justement, que fais-tu en dehors du foot ?
Je passe pas mal de temps à faire de la lecture biblique. Oui, j’étudie, la Bible. Sinon, je regarde des films, séries, je dors.
Tu regardes quoi comme films ?
Tout ! En fait, j'ai des moods. Des fois, je vais regarder un film sur les guerres, sur l'après-guerre, la guerre froide. Ça dépend… J'ai regardé un film il n'y a pas longtemps, « Sept ans au Tibet ». J'aime bien les longs films. A l'époque, les films étaient plus longs, ils étaient plus généreux ! Ça faisait des deux heures et tout… Maintenant, un film, 1 h 30, c'est trop court. J'aime bien 2 h 40, par là. En fait, je regarde des séries. Dès que je finis les séries, je regarde les films en attendant que d'autres séries sortent ou que la suite de la série sorte. La plupart du temps, je suis devant Netflix. Le foot, j'essaie de regarder les gros matchs. Sinon, ça fait trop, ça fait un peu une surdose de foot. Mais le tennis, je suis beaucoup. J'étais content qu'Alcaraz gagne l’Open d’Australie. Oui, le tennis, le basket… Le basket, vu que c’est tard, je regarde plus les résumés. Les sports de combat, MMA, boxe. Mais plus MMA, parce que la boxe, là, en ce moment, c'est un peu... Il n'y a plus trop de... En fait, les meilleurs ne se croisent jamais ! Ils se clashent sur les réseaux et tout, tu attends qu'ils se battent, ils ne se battent jamais. Alors que MMA, je regarde pas mal. C’est tard, par contre.
Les JO d’hiver arrivent !
En vrai, je ne suis pas trop les JO. Quand mon père regardait, je suivais, mais de moi-même, je ne suis pas vraiment... Je regarde un peu qui gagne, si la Suisse a des médailles... C’est tout.
Si tu devais inviter trois personnes à dîner, trois personnes avec qui tu aimerais beaucoup discuter, qui inviterais-tu ? Même des gens morts !
Jésus. En vrai, Jésus, ça me suffit ! Après, dans le sport, peut-être. Je ne dirai pas Messi, parce que Messi ne peut pas t'expliquer grand-chose, lui-même, il ne sait pas comment… Mais le problème, c'est que je suis plus sensible aux sportifs justement qui ont ça et qui ne savent pas vraiment l'expliquer. Par exemple, j'ai regardé Michael Jordan sur Netflix. Ça ne m'a pas trop touché. Tu vois que c'est un champion et tout, la mentalité, mais ça ne me touche pas. Il manque quelque chose. Mais Steph Curry, oui, on va dire Steph Curry ! Et Michael Jackson ! En fait, Jesus va tout m'expliquer pour tout ce qui est dans la vie, etc. Après, dans le sport, Steph Curry, aujourd'hui, je pense que c'est le meilleur de tous les temps. En fait, quand tu vas lire le script de son parcours, tu ne vas jamais croire qu'il est devenu le meilleur. Parce que c'était tellement dur….Et en fait, j'aime bien ce... En fait, même si tu peux être talentueux, tu peux être un génie, mais ton chemin n'aura pas forcément la gueule d'un génie. Et ça, j'aime bien ! Et Michael Jackson, c'est… C'est le mec le plus connu ! C'est l'artiste ! Et j'ai écouté ses musiques. Mon père aussi, même. Et je regardais ses concerts, tout le temps, je connaissais toutes les musiques… Donc, Michael Jackson... De savoir, en fait, qu'est-ce que ça fait d'être un humain, d’être dans sa peau ! Mais tu remarques que finalement, tu n'es plus humain parce que... Tu ne peux plus… C'est trop, en fait, ce niveau de succès ! Est-ce que lui, il se dit, c'est des fous ! (rires) Ou bien, si tu commences à changer, toi aussi, ta manière de penser. Est-ce que lui, il avait le recul pour dire, « c'est des oufs, ils sont trop à fond ! ». Ou bien, si lui-même, il commençait à se voir... peut-être surhumain !
Propos recueillis par Olivia Detivelle
Photos : Emmanuel Lelaidier