ven. 27 février 2026
Gautier Lloris : « Continuer avec la même mentalité »
A 30 ans, le défenseur arrivé au club en 2022 est une des valeurs sûres des Ciel&Marine…
Gautier, tu en es à ta quatrième saison en Ciel&Marine. Quelle différence vois-tu entre le HAC de la première année en Ligue 1 et celui de cette saison ?
Déjà au niveau de l'effectif, je pense qu'on a une profondeur d'effectif complète. Je trouve qu'à chaque poste, on a une concurrence qui a lieu d'être. Les jeunes sont arrivés à maturité, ils sont là, ils nous poussent. On a des nouvelles recrues chaque année qui apportent du plus, et la base d'anciens qui est là depuis le début, qui reste et qui fait le taf. C'est pour ça que les résultats sont positifs. Il faut continuer avec la même mentalité, à se pousser les uns les autres pour aller chercher le plus haut possible.
Eviter de se faire peur jusqu'au bout !
C'est ça, ça serait bien de faire une fin de saison tranquille ! Depuis que je suis arrivé, c'est à chaque fois jusqu'au bout…
En même temps, c'est symptomatique aussi d'un état d'esprit. Vous ne lâchez jamais rien et vous réussissez à chaque fois…
C'est vrai, comme on l'a vu lors du dernier match à domicile, même à dix sur un match entier, on n'a rien lâché. C'est la mentalité de ce club, du coach et des joueurs. Ça se retransmet le week-end. En plus avec l'appui du public, c'est encore plus voyant. C'est top de pouvoir faire ça et de nous donner des chances face à des effectifs plus élevés, qui ont des joueurs avec des valeurs marchandes un peu plus hautes. C'est un état d'esprit qui fait qu'on peut rivaliser avec d'autres équipes.
Et toi, comment tu juges ta progression depuis ton arrivée au HAC en 2022 ?
Je suis fier de pouvoir enchaîner les matchs. La première étape, c'était de pouvoir enchaîner les entraînements, après les matchs, et ensuite enchaîner les matchs en Ligue 1. Et maintenant, j'ai un coach qui me pousse à aller dans des zones où je suis moins à l'aise, mais ça fait deux ans qu'on travaille ensemble et j'y arrive de mieux en mieux. J'ai compris pourquoi il me poussait à faire ça. Et ça ajoute encore des cordes à mon arc. C’est bien, c'est toujours plus épanouissant quand tu t'enrichis chaque année. Apprendre de nouvelles choses, ça te pousse à rester concentré et à toujours aller de l'avant. En tout cas, depuis quatre ans, je suis épanoui sur ça, parce que chaque année, je progresse. Et c'est bien, à mon âge, de toujours progresser.
En fait, tu n’as pas de limites ! Tu t'en fixais peut-être inconsciemment avant ?
J'étais un peu plus pragmatique par rapport à mon corps. J'essayais d'abord de vouloir enchaîner les entraînements, puis les matchs de haut niveau, de Ligue 1. Du coup, peut-être que j'étais sur la retenue. Je me disais : « Assure déjà ce que tu sais faire, on verra quand tu auras enchaîné si tu peux aller chercher plus. » Et c'est vraiment depuis deux ans, avec le coach qui pousse beaucoup derrière, que j'arrive à passer des paliers. Ce qui est bien, c'est que je ne me repose jamais sur ça. Je sais que je peux encore faire mieux. La structure du club fait qu’il y a des gens pour encore aller chercher plus haut. Donc, il faut en profiter et se servir de ça pour le faire.
Qu'est-ce qui, à ton avis, a le plus changé chez toi sur ces quatre dernières années ?
J’ai un peu plus d'assurance, je pense. À force d'enchaîner les matchs, tu prends plus d'expérience, tu es plus à l'aise pour pouvoir donner des consignes aux autres. Je sortais un peu de nulle part avant d'arriver, le chômage, à Auxerre, j'ai eu des blessures. Avant ça, il n'y avait pas grand-chose. Plus tu joues, plus tu t'affirmes et plus tu peux aider les autres parce qu'ils savent que tu es là pour ça. Au niveau du foot, je pense que je vais chercher plus haut qu'avant, je prends un peu plus de risques dans la construction du jeu. Il y a beaucoup de choses, grâce au travail qu'on fait au quotidien, où j'ai progressé. J'espère qu'il y aura encore de la progression !
Justement, toi qui es un ancien dans le club, avec les nouveaux qui arrivent, est-ce que tu évoques, quand ça va moins bien, des moments repères, des choses qui se sont déroulées les années d'avant et qui peuvent servir à redresser la barre s'il y a besoin ?
Non, je ne pense pas, parce que chaque année est différente. Mais c'est vrai que ceux avec qui on a ce lien de maintien de dernière minute ou même les années d'avant, on sait qu'on est passés par plus dur que ça et que ce qui arrive, c'est loin de tout ce qu'on a enduré l'année dernière et l'année d'avant. Sur ça, oui, bien sûr qu'il y a des liens qui sont forts et c'est pour ça que, comme la situation du match face à Toulouse, dos au mur, on n'a pas douté.
On s'est dit qu'on a déjà connu pire. Et ça, tu gagnes un temps fou, tu n'as pas ce moment de doute où tu te dis « est-ce qu'on va réussir ou pas ? » Comme tu sais que tu l'as déjà fait, tu peux le refaire. C'est juste une question d'état d'esprit.
Ta saison 2025-2026, comment la juges-tu ?
Au final, je suis content parce que l'équipe est compétitive. Je juge mes performances au travers des performances de l'équipe, ça va avec. Si l'équipe va bien, c'est que j'arrive à faire des choses bien. On est dans une position confortable, même si le maintien n'est pas acquis. On a fait de bonnes choses, mais ce n'est toujours pas fini. Moi, c'est pareil, j'ai fait de bonnes choses, mais ce n'est toujours pas fini. Il faut continuer à enchaîner les performances pour atteindre le maintien le plus rapidement possible. Si on peut regarder un peu plus haut, ce serait bien !
Dans cette saison, est-ce qu'il y a un moment que tu retiens ? Un match particulier ?
Le match face à Toulouse. C'était quand même un sacré moment ! Une performance incroyable ! Si on doit aller chercher plus loin, je n'ai pas en tête, c'est un ensemble. L'année dernière, on a fait des performances où personne ne nous attendait, par exemple à Lens, à Lille. Mais là, je trouve qu'on est plus constants, on a moins de trous dans la saison. C'est une globalité, ce n'est pas un moment, c'est plus une période.
Et un match plus frustrant que les autres ? Un regret, peut-être ?
Celui que j'ai en tête, bon, il y a la Coupe de France, mais c'est surtout Lille. Quand on arrive à les mettre à dix, on ne saisit pas l'opportunité de faire un résultat face à un des gros de ce championnat. Ça a été frustrant. C'est une des rares fois où je me suis énervé dans le vestiaire. Ce sont des moments comme ça qu'il faut saisir, c'est rare qu'une équipe comme ça soit dos au mur, on n'a pas saisi la chance. Mais bon, ce n’est pas grave, on s'est relevés derrière, on est encore là. Mais même dans la globalité, sur les grosses équipes, j'aimerais que l'équipe fasse une performance, qu'on arrive à prendre des points, parce qu’on en est capables, ça se joue à pas grand-chose, mais c'est sur des détails. C'est le plus dur à acquérir. Mais j’aimerais… pour montrer qu'on est là, pas par chance, mais parce qu'on le mérite.
Justement, avant le PSG, c'est quoi ton sentiment ?
Mon sentiment, c'est qu'on a pris une petite claque le match dernier contre Nantes. On aurait dû faire mieux face à une équipe qui est à notre portée. Après avoir fait deux résultats contre des équipes dans le top 10, je pense qu'on se devait de faire mieux face à Nantes, parce que c'était des points à aller chercher. Et peut-être que ce n’est pas plus mal de l'avoir prise juste avant Paris, parce qu'au moins, on va rehausser les curseurs et aller chercher peut-être quelque chose contre eux, même si c'est une équipe extraordinaire, avec les meilleurs joueurs du championnat à chaque poste. Mais avec le public, avec notre état d'esprit, comme on le disait avant, on peut le faire. Si c'est un point, c'est un point, mais si c'est une victoire, ce sera encore plus beau dans un stade plein. Comme le dit souvent le coach, il ne faut pas avoir de complexe. De toute façon, tu perds, c'est normal, si tu fais une performance, c'est extraordinaire. Autant y croire et aller le faire !
C'est épanouissant, en vrai, de jouer dans un club où tu es apprécié.
Comment on aborde ça, justement, quand on est défenseur et qu'on va se retrouver face à des types... A priori, Dembele ne sera pas là, mais il y a les autres !
Oui, c'est vrai. Comme on le disait, ce sont des petits détails où il faut faire plus attention que d'habitude contre des équipes moins élevées. Eux, dès qu'il y a une opportunité, ils te la saisissent et te punissent. Il faut rester encore plus concentré. Si le mec devant toi est plus fort que toi, tu te sers de ton coéquipier pour remporter les duels. C'est une grosse solidarité de toute l'équipe, ça ne passe pas par nos individualités, c'est vraiment le collectif qui fera la différence face à des joueurs comme ça. Il faut mettre les curseurs au maximum pour pouvoir exister contre eux, c'est le minimum si on veut faire quelque chose.
D'ailleurs, dans ta carrière, il y a un joueur qui t'a impressionné plus que les autres ?
Sur Paris, avec Dembele, Barcola, ce sont des joueurs, sur cinq mètres, qui peuvent te faire une différence, déboussoler tout un bloc. Ce sont vraiment des joueurs impressionnants à regarder. Sinon, il faut remonter un peu plus loin, quand j'étais à Nice, où j'avais fait un match amical contre Zlatan, c'est vrai que physiquement, tu comprends pourquoi des mecs comme ça ont ces carrières-là. Mais là, plus récemment, c'est plus un collectif qui m'impressionne. Moi, c’est toujours ça, quand l'équipe est bien rodée et que ça joue bien… Ce n’est pas une individualité en particulier, même s'il y en a plein dans le championnat, c'est plus quand l'équipe te trimballe de droite à gauche et tu te dis que c'est dur. Mais nous, on sait le faire aussi. Il n'y a pas de complexe à avoir. On sait faire le dos rond et on sait avoir la balle, on a des armes pour pouvoir rivaliser, il faut s'en servir.
Tu es un des chouchous du public. Tu le ressens, ça, que les supporters t'aiment beaucoup ?
Bien sûr. Après, ça fait ma quatrième saison maintenant, et je fais partie de l'effectif, de la base qui a fait remonter le club dans l'élite, là où il doit être. Et on perdure dans cette période positive. Forcément, les gens sont plus affectueux avec toi. C'est le cas avec Yassine, avec Arouna… On est dans la bonne période du Havre, forcément, les gens sont plus sympathiques avec nous. Mais tant mieux ! Il ne faut pas s'en plaindre ! (rires) Dans une carrière, il y a des moments où c'est plus malheureux, et quand il y a des moments heureux, il faut les prendre et s'en servir pour être encore plus performant sur le terrain. C'est épanouissant, en vrai, de jouer dans un club où tu es apprécié.
Tu es quelqu’un de très discret dans la vie…
J'ai fait le choix de ne pas avoir de réseaux sociaux, vis-à-vis de moi, vis-à-vis aussi antérieurement de mon frère. Quand il était en équipe de France, j'étais un peu plus exposé, donc j'ai fermé la porte à ça. C'est vrai que je suis un peu plus discret. Après, les gens qui se baladent en ville, ils me voient souvent, donc ils savent où je traîne. De toute façon, c'est toujours mieux de séparer les deux, même si on est dans une génération où on s'expose beaucoup avec les réseaux. Moi, je préfère être dans mon coin, tranquille, mener ma vie, et qu'on se retrouve sur le terrain, au stade, c'est mieux.
Tu en parles avec les jeunes ?
Non, parce que, le problème, c'est que le monde tourne comme ça. Il y a des opportunités aussi de partenariat, il y a de l'argent aussi à se faire. Mais moi, comme mon grand frère, peut-être que c'est lui qui m'a influencé, mais je n'ai pas envie de le faire, parce que je préfère faire mon match, rentrer chez moi et couper tout, plutôt que de rester une heure sur le téléphone à voir des gens qui te donnent des conseils qui n’ont pas lieu d’être. Je préfère être dans mon coin, même si on est dans une génération… Après, il y en a qui s'en sortent très bien avec. Moi, je préfère être dans mon coin. (rires)
Si on te demande ta qualité première et ton défaut principal, qu'est-ce que tu réponds ?
Ma qualité première, je pense que je pense toujours aux autres avant moi, au bonheur des autres avant moi. Ça peut être une qualité comme un défaut. Souvent, quand tu penses trop aux autres et pas à toi, tu te rends malheureux.
Ça tourne autour de ça, l'empathie que j'ai avec les gens, de vouloir toujours qu'ils se sentent mieux. Ça peut être un défaut, de penser trop aux autres, surtout dans notre métier, même si c'est un sport collectif, il y a quand même une part d'individuel. Des fois, il faut être bien dans ses pompes avant d'aller chercher les autres. Ce n'est pas un mauvais défaut, mais des fois, ça peut te jouer des tours.
Quels sont tes centres d'intérêt ?
Je vais dire ma compagne ! Après, on passe pas mal de temps au club, mais sinon, en dehors, en vacances, ça reste le sport, le tennis. La génération, c'est un peu plus padel, pour être avec les copains, mais moi, je préfère le tennis. En ce moment, j'essaie de passer mon permis de bateau. Comme on est au Havre, j'en profite ! Quand je rentrerai chez moi plus tard, à Nice, je pourrai en profiter. Ça reste quand même centré sur le sport. Sinon, mon père est banquier, du coup, je regarde un peu l'actualité des bourses, etc., mais c'est vraiment pour s'intéresser, pour se changer les idées. Il n'y a pas de projet derrière, mais c'est pour changer.
Pour l’après-carrière ?
Non, je ne pense pas. Je n’ai pas d'idée sur l’après-carrière, mais c'est plus pour la culture, intellectuellement, de se changer les idées. Si tu restes tout le temps dans le sport ou dans le foot, encore plus, parfois, tu as besoin de t’évader. Il faut aller chercher des trucs ailleurs, qui changent les idées, qui n'ont rien à voir avec le sport, qui apportent quelque chose, sans se prendre pour un trader, mais juste pour connaître autre chose. Je pense que c'est une période, et l'année prochaine, ce sera une autre chose, c'est juste pour s'enrichir intellectuellement.
Nous avions déjà parlé de tennis et de Nadal. Maintenant que Nadal n’est plus dans le circuit, tu as un tennisman favori ?
Il y a le profil d’Alcaraz, qui ressemble un peu à Nadal, mais maintenant, je penche un peu plus sur Sinner, en vieillissant. Je ne sais pas pourquoi, parce qu'il est un peu plus froid. J'ai l'impression que tout le monde est contre lui, du coup, ça me donne envie d'être pour lui ! Parce que maintenant, plus le tennis avance, plus c'est des machines de guerre, ils n'ont aucun défaut, et c'est beau à voir jouer. Mais, le deux, ce sont les deux du moment ! Il y a plein de sportifs où tu peux t'inspirer dans les qualités mentales, où tu peux te retrouver avec le foot, se servir de ces sports-là. C'est un sport individuel, donc encore plus important la part mentale.
Si tu devais inviter trois personnes à dîner, pour des discussions, des personnes que tu aimerais rencontrer, qu'elles soient sportives ou pas, des gens qui t'interpellent. Vivants ou morts !
En premier, je vais mettre Brassens ! (rires) C'est plus mon père qui écoutait ça, et du coup, tu écoutes les paroles, tu te dis en fait, le mec, c'est un génie. Il a l'air de dire des conneries en utilisant des mots incroyables ! Il n'y a pas de sportif qui... Oui, Nadal. Et après… Bon, ça ferait un sacré dîner ! (rires) Si je pouvais, j'inviterais mon père, il serait content. Du coup, je vais changer ! Je vais changer Nadal, je vais mettre Federer et Brassens. Et je me mettrai mon père à côté de moi. Et j’ajouterai Voltaire ! Comme ça, j’en ai un pour les questions existentielles, un pour le sport et pour apprendre d’un champion, et Brassens pour la culture et rigoler quand même un peu, avec mon père à côté de moi, ce serait parfait !
Propos recueillis par Olivia Detivelle
Photos : Emmanuel Lelaidier