jeu. 12 février 2026

Lucas Gourna : "Quand tu es joueur de foot, tu dois t’attendre à tout !"

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Le milieu Lucas Gourna, 22 ans, est arrivé en prêt de Salzbourg et s’est déjà fait sa place au HAC. Rencontre avec un jeune ambitieux et étonnant de maturité.
Comment et à quel âge tu débutes le foot ?
Je crois que je commence à l'âge de 4, 5 ans. Peut-être 3. Avec mes grands frères… J’ai un grand frère, mais les grands de mon quartier sont comme mes grands frères. Donc, mes amis, en bas de chez moi, dans mon quartier. Après, je pense que ma mère a opté pour le foot par rapport aux différentes attitudes que j'avais à l'école. Pour que je me défoule sur quelque chose. Je n'étais pas quelqu'un de turbulent, mais je pense qu'il fallait que j'extériorise.
 
Tu commences à Lieusaint, en Seine-et-Marne.
Oui, puis à Sénart-Moissy. C'est à peu près la même ville, c'est à deux minutes. Je pense que tous les mecs, la plupart de mes amis, jouent à Moissy. C'est un club un peu plus huppé que Lieusaint, donc j'y suis allé naturellement.
 
A cette époque-là, te disais-tu que tu voudrais être footballeur professionnel ?
Non, je pense que notre génération est différente de celle de maintenant. On n'avait pas les réseaux sociaux, etc., on n’avait pas de téléphone. On était au quartier, on jouait, on rigolait, on mangeait. On se disait que si on devait faire un truc dans le football, on le ferait, mais on n’avait pas cette idée-là. En tout cas, moi, je n'avais pas cette idée d'être footballeur professionnel.  Je m'amusais, si on gagnait, on rentrait contents, si on perdait, on pleurait et c’était fini.
 
Tu voulais faire quoi alors quand t'étais petit ?
Honnêtement, aucune idée, non. Je voulais juste profiter avec mes potes.
 
En 2017, te voilà à Torcy, gros club formateur. Dans une idée d’avoir plus de visibilité ?
Non, j'avais déjà signé à Saint-Etienne quand j'étais à Moissy, et j’étais déjà au Pôle Espoirs de Reims. C'était juste avant d’entrer au centre de formation, je voulais juste jouer dans une ligue au-dessus, c'est pour ça que j'ai rejoint Torcy. Mais je n’y allais que le week-end pour jouer, parce que, la semaine, j’étais au Pôle Espoirs.
 
C'était à ton initiative ou est-ce Saint-Etienne qui te l’avait conseillé ?
Le coach de Torcy m’a sondé et j'ai répondu favorablement parce que je pense que c'était légitime et intelligent, par rapport au processus avant de rentrer au centre de formation.
 
Tu as croisé le HAC d'ailleurs en compétition chez les jeunes ?
Je crois que je les ai croisés à la Danone Nations Cup, les U12. Mais je connaissais Isaak Touré, Abdoullah Ba.
 
Comment es-tu repéré par Saint-Etienne ?
Un coach avait un ami agent et lui a jeté mon prénom à l'oreille. Alors que le recruteur de Saint-Etienne habitait peut-être à dix minutes de chez moi, mais je ne le connaissais pas. Il est venu à l’entraînement et m’a invité à un rassemblement. Après j'ai fait une, deux détections et je suis venu.
 
Et tu as quitté la maison, la famille… C’était compliqué ?
Non, parce que je pense qu'avec mon frère, on a été responsabilisés très vite étant jeunes. Ma mère avait un super travail, elle était comptable sur Paris et s'occupait de personnes assez aisées. Donc, elle n'avait pas beaucoup le temps d'être à la maison, mais elle a fait son meilleur et je suis très content. Mais non, ça n’a pas été compliqué parce que j'ai toujours été solitaire, un peu, avec mes potes. Ma mère nous laissait dehors jouer au parc, elle nous regardait juste par la fenêtre. On allait, par exemple, jouer à quinze minutes, on marchait pour aller au centre-ville ou dans d’autres quartiers pour jouer. Donc, franchement, ça n’a pas été compliqué pour moi. Je pense plus pour ma mère parce qu'elle s'est dit « il ne me reste qu'un seul fils à la maison » ! On les connaît, les mamans ! (rires) Nous, quand on est dans notre process, on ne comprend pas. Quand ta mère t'appelle et que tu es avec tes potes, tu lui dis que tu vas la rappeler, et tout… Donc, je pense que ça a été plus compliqué pour elle que pour moi !
A Saint-Etienne, tout se passe quand même assez vite. Parce que tu arrives à 15 ans et tu signes pro à 16 ans et demi, en 2020.
Je suis arrivé, j'ai joué en 17 ans nationaux direct. Après, la deuxième année, j'ai tout fait : les 19 ans, je suis retourné un peu en 17, puis la réserve, le groupe pro… Et j’ai signé pro dans la foulée.
 
As-tu l'impression que c'est un aboutissement quand tu signes pro ?
Pour être honnête, je ne pensais pas signer pro aussi tôt. Je ne pensais pas, parce que c'était un peu compliqué à cette époque, c'est plus facile maintenant, je pense, de signer professionnel. Je pense qu'on est de la génération où ça a commencé à se décanter. Mais je ne pensais pas signer pro aussi tôt. Comment je le prends ? En fait, je trouve que c'est une suite logique. Je pense que le club m'a formaté, m'a conditionné pour que ça aille vite. Donc, je n'ai pas eu le temps de réfléchir, je n'ai pas eu le temps d'avoir de la pression, etc. Et ça allait vite, mais dans un bon process.
 
Tu as fait ce qu'il fallait, aussi.
Oui, je pense. J'étais en équipe de France aussi, j'étais capitaine de l'équipe de France. Ça m'a facilité aussi un peu, je pense. J'ai fait un match avec la réserve. Le coach qui venait de prendre l’équipe première, c'était Claude Puel. Et à partir de ce moment-là, j'ai signé pro, direct.
 
Tu es rapidement lancé dans le grand bain de la Ligue 1 en septembre 2020, contre Strasbourg, avec une victoire à la clé. Et ta première titularisation est à Lyon, peu après, pour le derby ! On vous transmettait cette culture derby ? Direct ! Je me rappelle. On était en 17 et le coach des 19, Razik Nedder, nous disait qu’on devait mettre les crocs, qu’on avait le couteau entre les dents… C’était nouveau pour nous ! Au départ, ça nous faisait rire mais ça nous a galvanisés. Ils nous ont éduqués avec cette culture-là.
 
A Saint-Etienne, tu fais des saisons pleines. Tu donnais l’impression de franchir le cap tranquillement.
Je pense que j'ai une faculté à m'adapter à un environnement. Je pense que c'est ça, ma force. Je suis une personne qui ne se cache pas, j'ai rarement la pression. C'est une qualité comme ça peut être un défaut ! Je ne suis pas timide. Je pense que ça m'a beaucoup aidé dans mon processus de la formation au monde pro. Et je pense que le soutien du club m'a permis de franchir ces paliers-là tranquillement. Donc, franchement, je les franchissais sans pression.
J'allais à l’entraînement, je rentrais, je faisais mes trucs. Moi, je dormais au centre de formation à l'époque, je passais le bac. Et je n’avais aucune pression. Le matin, je m'entraînais, je rentrais avec mes potes du centre, les petits, les plus jeunes, et ça enchaînait, ça enchaînait… Mais franchement, le soutien du club a été fondamental dans ça.
 
C'est une sacrée capacité quand même de tout gérer en même temps et de faire ça tranquille !
Franchement, j'étais chill. J'étais dans ma chambre, j'étais tout seul. Et je traînais avec les plus jeunes, je crois les 2004, 2005 du centre. On faisait ça tous les jours. Et moi, je kiffais, en fait. Tout simplement.
 
Après 2022, tu décides de franchir un cap, avec le RB Salzbourg. Tu avais plusieurs choix ?
La première année, j'ai décidé de prolonger à Saint-Etienne. J'avais des grandes écuries, Paris, Chelsea, etc. Mais je n'étais pas prêt à ce step-là. Donc, j'ai prolongé. On descend à la fin de la saison 2021-2022, et, en termes de club, ça baisse un peu. Mais c'est normal. Après, j'ai attrapé une grande écurie avec le Red Bull. Mais quand je décide de signer au Red Bull, j'ai de la Première Ligue, j'ai de la Serie A. Moi, j'étais encore en formation. Parce qu'il ne faut pas oublier qu'un jeune de 18 ans, 19 ans, est toujours en post-formation. C'était ma préoccupation. Et je pense que ma priorité, la priorité de mon entourage, c'était qu'on parte dans un club tremplin, qui puisse me faire progresser en tant qu'homme, déjà. Parce que je quitte le pays, je ne parlais pas anglais à cette époque, ni allemand. Donc, forcément, en étant là-bas, tu développes des capacités intellectuelles dont tu n'avais pas connaissance auparavant, parce que tu étais un peu dans ton cocon en France. Je pars là-bas pour être dans une équipe qui connaît la gagne, qui a la faculté de jouer la Champions League et la Ligue Europa chaque année avec des joueurs… Je pense que la moyenne d'âge de notre équipe, c'était 21 ans, 22 ans, max. Ça allait de 2006 à 1998. Donc, je voulais aller dans une équipe qui connaisse la gagne. Parce qu'ils dominent leur championnat, et en Champions League, ils arrivaient à ressortir avec des points et des résultats positifs. Donc, j'ai accepté d'aller là-bas pour mon prochain step. Et voilà. Franchement, je pense que c'était une suite logique.
Il y a une nuance entre rêve et objectif.
Tu es champion d'Autriche la première année et tu découvres la Champions League.
Oui, à 18 ans.
 
Ça fait quoi comme impression, justement ?
Je pense que c'était un rêve. Enfin, plutôt un objectif. Parce que quand tu es dans le système, je pense qu'il y a une nuance entre rêve et objectif. Donc, c'était un objectif que j'avais, jouer la Champions League. Je l'ai jouée, j'en ai profité. Et j'avoue, quand j'étais petit, je rêvais de jouer cette compétition. Et maintenant que je l'ai jouée, je suis content et je suis fier.
 
Tu avais des idoles, petit ?
J'avais Pogba à l'époque. Ouais, Pogba, c'était mon idole. Makelele, c'était mon idole. Patrick Vieira, c'était mon idole. Mais pour être plus cohérent par rapport à ma génération, par rapport à ce que j'ai vu à la télé, c'était Pogba.
 
D’ailleurs, as-tu toujours joué à ce poste de milieu ?
Oui. J'ai joué défenseur central, un peu, en équipe de France U16. J'ai déjà joué latéral droit, mais sur certains matches, pour dépanner.
 
Tu joues deux ans et demi au RB Salzbourg, puis tu es prêté en janvier 2025. Pourquoi ?
Pour être honnête, et je pense que ce n’est pas un secret, c'est que nous quittons la Champions League en décembre. Et j'ai Rome et l’AC Milan qui viennent les derniers jours. Je devais m'engager avec un club français à la base. Mais Rome et l’AC Milan sont venus, donc j'ai dû faire machine arrière. Et à la base, ça ne devait pas être un prêt, ça devait être un achat. Pour une quelconque raison, fair-play financier, etc., c’est devenu un prêt. Mais quand le coach Ranieri t'appelle, je pense que tu ne peux pas refuser, donc j’y suis allé immédiatement, sans réfléchir. Il m'a expliqué comment il voulait que je joue, comment il voyait les choses par rapport au futur. Et j'ai directement accepté.
 
Et, là-bas, tu as côtoyé des joueurs de très haut niveau.
Oui, des champions du monde. C'était vraiment une bonne expérience. Je pense que tu apprends d’eux dans la vie quotidienne, c'est-à-dire en dehors du terrain, sur le terrain, toute leur approche autour des entraînements et des matches. Et je pense que ça m'a fait grandir en fois dix. Lors de cette période-là de six mois, je pense que j'ai peut-être pris cinq, six ans d'expérience.
 
Lequel de ces joueurs t'a le plus impressionné ?
Je pense que c'est Mats Hummels, parce que déjà la carrière qu'il a… A ce moment-là, quand j'arrive, il ne joue pas, mais il est toujours en salle à faire ses mobilités, toujours concentré, toujours à rigoler, à mettre la joie dans le vestiaire, etc. Et sur le terrain, il était très, très performant à l’entraînement. Après, le coach a changé et il a commencé à jouer. Et tu le ressentais aussi au quotidien. Et je me rappelle, il avait fait une erreur en Ligue Europa contre Bilbao. Le lendemain, il était dévasté, il avait limite les larmes aux yeux. Et j'ai senti cette passion que le mec a. Parce qu'il aurait pu se dire, « moi j'ai gagné la Champions League, j'ai gagné le championnat allemand, j'ai fait des finales de Coupe du Monde, etc, j'ai gagné la Coupe du Monde et tout, je m'en fous de faire une faute contre Bilbao en Ligue Europa. » Mais le mec était toujours concerné, concentré. Et c'est son côté émotif qui m'a impressionné. Parce que tu vois que ces mecs-là ont toujours faim et ce sont des compétiteurs. C'est très inspirant.
 
Tu restes donc six mois à la Roma. Tu ne joues peut-être pas autant que ce que tu souhaitais ?
Les deux premiers matchs, je joue, je m'apprêtais à jouer le troisième match et j’ai eu une petite blessure qui a fait que… Dans les grands clubs, il ne faut pas se blesser ! La vie, c’est comme ça. Après, l'équipe tournait bien, à mon poste, ça tournait bien, les joueurs étaient performants. Je suis resté sur le banc et mon option d'achat n'a pas été levée. C'était logique.
Donc, retour en Autriche… suivi d’une arrivée au HAC il y a quelques semaines ! Tu expliquais récemment en conférence de presse que tu étais allé voir en novembre dernier un match de U19 opposant le Paris FC au HAC !
La plupart du temps, je vais dans ma ville, je vais à Moissy-Cramayel, je regarde les jeunes, je discute avec mes anciens coachs. J'aime bien regarder les U13, les U14, mais là je voulais voir du football en post-formation, c'est-à-dire les 16, 17, 18 ans. J'ai pris mon téléphone, j'ai appelé deux amis, je leur ai dit qu'on allait voir le match au Paris FC. Et là, je rencontre les dirigeants du HAC ! Je connaissais déjà Mathieu (Bodmer, directeur sportif), je le connaissais bien parce qu'il était consultant sur la chaîne Téléfoot à l'époque. Quand je jouais, on avait échangé quelques messages sur Instagram à l'époque, et je connais très, très bien Chico (Malau, responsable recrutement), parce que c’est un ami de la famille. On a commencé à discuter de tout et de rien, il me parlait sur chaque joueur, un peu ce qu'il pensait sur chaque joueur. Après, il m’envoyait un peu des messages subliminaux ! Je pense que c'était vraiment à prendre avec des pincettes, parce que, pour être honnête, on était vraiment loin à cette époque-là de faire un deal. Ce n'était pas des années-lumière, mais c'était vraiment loin. A ce moment-là, ce n'était pas cohérent de faire un deal, et je n'avais pas cette idée dans la tête, comme ils n'avaient pas cette idée dans la tête. Voilà, c'est une anecdote…
 
Et un peu plus de deux mois après, ça se fait !
J'étais en stage en Turquie. J'ai passé des heures avec le coach Digard au téléphone. Et je suis venu !
 
Tu n'as pas eu peur de revenir en France ?
Non, au contraire. J'aurais pu aller en Espagne. J'aurais pu aller en Angleterre aussi. Mais en fait, j'avais à cœur de revenir en France, parce que j'ai quitté la France en étant jeune. Et mon dernier souvenir, c'est que je suis descendu en Ligue 2. Même si je n'y ai pas joué mais je suis descendu en Ligue 2. J'avais à cœur de redonner une image de moi. De dire, OK, je suis parti à l'extérieur, j'ai pris beaucoup d'expérience à l'extérieur. Et que là, je pense être un joueur semi-confirmé, voire confirmé, et j'ai des qualités à remontrer en France. Donc, c'était plutôt un challenge alléchant pour moi. Je n'avais aucune pression. Enfin, j'avais de la bonne pression. Mais oui, je voulais revenir en France.
 
Que savais-tu du HAC avant de signer ici ? Tu avais entendu parler du maintien de l'année dernière ?
Oui, ça je l'ai vu, le maintien de l’année dernière. Je connaissais le coach Digard, je le trouvais très fort, déjà. J'aime bien visionner les coaches aussi. Après, j'avais des amis ici, j'avais Pembele. J'ai connu Amir Richardson, Isaak Touré, Abdoullah Ba. J'ai un pote aussi, Thierno Baldé, un de mes meilleurs amis, qui a joué ici. J'avais entendu parler du HAC à travers eux. Après, j'avais un mec qui me saoulait beaucoup à l'époque, c’était Harold Moukoudi ! (rires) Il ne faisait que me parler de la Cavée, la Cavée… Tout le temps ! On était à Saint-Etienne ensemble, il me disait, « la Cavée, c’est le meilleur centre de formation de France » ! Après, historiquement, franchement, j'avais peu de connaissances. Mais je suivais un peu les équipes.
 
Maintenant que tu es là, tes premières impressions, c'est quoi ?
C'est un club familial, très chaleureux, ambitieux. Je ne serais pas surpris que le HAC, dans les 3, 4 ans, dans les prochaines années, devienne un top 10 de Ligue 1. Je pense qu'il y a une direction très passionnée. Ce qui m'a surpris, je l’avais dit à mon agent, c'est que j'étais assis à côté de Mathieu Bodmer, et il connaissait tous les joueurs. Des U14 jusqu'aux U19, il parlait de tous les joueurs ! Ça, c'était impressionnant. Et je pense qu'ils ont aussi des recruteurs de jeunes qui ont des connaissances sur les équipes pro. Il ne faut pas négliger, parce que ce ne sont pas tous les recruteurs jeunes qui connaissent les pros, et ce ne sont pas tous les recruteurs pros qui connaissent les jeunes. Et je pense qu'au HAC, il y a ce côté familial, dans le sens où tout le monde est concentré, c'est-à-dire par rapport aux postes de formation et postes professionnels. En fait, ils travaillent tous ensemble. Ce n’est pas anodin que le HAC arrive à attirer des joueurs au mercato. Je pense qu'il y a des gens derrière ça. Moi, par exemple, j'étais à Saint-Etienne. Tout le monde sait comment j'aime ce club. Le club a réussi à attirer de très grands joueurs ces dernières années. Mais si tu vois ces deux dernières années, dans les mercatos, ils n'arrivent pas à attirer les joueurs que le HAC attire. Donc, ça veut dire qu'il y a quelque chose derrière ça. Je ne sais pas, peut-être que c'est le coach. Après, le coach a sa carrière, son histoire. Mais je pense que le coach, le directeur, etc., tout le monde est  impliqué. Ça peut faire quelque chose de très grand. Franchement, je ne serais pas surpris.
 
Tu t'attendais à jouer aussi vite ?
Non, je ne m'attendais pas. Je ne m'attendais pas à jouer aussi vite. Le coach m'avait demandé au début de semaine si j'étais prêt à jouer, et je lui ai dit qu'on ferait un check en fin de semaine. Et ça s'est bien passé. Après, quand tu es joueur de foot, tu dois t'attendre à tout. Et quand tu es sur le terrain, tu n'as pas d'excuses. Parce que je trouve qu'on est dans des environnements sans excuses. On a tout à proximité de nous. Donc, tu es obligé de performer. Je ne m'y attendais pas, mais j'étais prêt. Psychologiquement, j'étais prêt. Physiquement aussi.
Coach, directeur sportif ? Je me vois !
Alors, j'ai lu quelque part qu'on t'appelait le journaliste !
On me la sort tout le temps, celle-là ! (rires) Depuis le plus jeune âge, mon frère et moi, on connaît tout ! On connaît tout ! On connaît tel joueur, tel coach. Ah, ce coach, il est parti là-bas. Ah, ce recruteur-là…Mais si lui, il part là, comment on fait ? On connaît tout ! Parce qu'on est des passionnés, en vrai. On regarde tous les matches le week-end. Je pense que je me documente beaucoup, je lis beaucoup de livres sur la vie, mais surtout sur le foot. Après, je pense que j'ai une particularité, c'est que j'aime bien le métier d'agent et de coach. Je m'intéresse beaucoup aux coaches. Et je pense que ça, ça m'a permis de mieux les comprendre, les décisions, etc. Journaliste, on m'a appelé comme ça parce que je connaissais tout, et je lisais beaucoup, et je regardais trop le foot.
 
Si tu t’intéresses à ça, aux coaches, tu as toutes les ficelles, ça te donne des clés supplémentaires. Tu es très jeune mais te vois-tu coach plus tard ?
Oui, fort ! Coach et directeur sportif ! Je me vois !
 
À l'école, tu as fait quoi ?
Pour moi, c’était compliqué, je n’ai pas eu le bac. Ma mère m’en a voulu… Cette année-là, j’étais avec les pros, et l’année où je passe le bac, c’était contrôle continu mais je n’ai pas de contrôle. Je fais l’école par correspondance mais il n’y a pas d’évaluations. Je n’ai pas de diplôme, à part le Brevet, l’ASSR, etc. Mais ça se passait bien à l’école, je n’étais pas mal.
 
Tu as appris l’allemand et l’italien dans tes clubs ?
Un peu d’allemand, je parle couramment anglais, et là, j’apprends l’espagnol. J’ai une facilité avec les langues, j’apprends vite. Tu t’aères l’esprit avec tout ça !
 
Et tu lis donc beaucoup.
Je lis beaucoup, oui. Et je suis aussi abonné à L’Equipe ! Quand ils font des reportages sur les coaches, peu importe, je lis. Mais depuis peut-être six mois, je suis aussi beaucoup sur Denzel Washington, Malcolm X… Je suis beaucoup dans ces recherches-là, toute l’histoire de Denzel Washington, avec Spike Lee, la propre histoire de Malcolm X, les Afro-Américains… Parfois, pour m’aérer l’esprit, pour sortir vraiment du cocon, de l’aspect football, je suis centré sur ça.
 
Musique ?
En ce moment, je n’écoute plus trop. Un peu de rap, La Rafleuse, les jeunes rookies, Dexter… Pour être honnête, mon groupe préféré, Mafia k’1 fry et 113. C’est eux que j’écoute ! Avant les matches, j’écoute 113, Princes de la ville.
 
Ta première qualité et ton pire défaut ?
Ma première qualité… Respectueux. Ma mère m’a inculqué cette valeur-là, le respect. Et défaut… trop exigeant.
 
Avec toi-même ou avec les autres ?
Les deux ! Je pense plus avec mon entourage. Je fais très attention à mon entourage, j’ai un cercle très fermé, et je suis très exigeant avec eux. Parce que je pense que moi, je suis carré. J’ai des défauts, bien sûr, mais j’ai la tête sur les épaules, je suis à l’écoute, et j’ai ce respect en moi… Par exemple, pour moi, c’est inconcevable qu’il y ait un papier par terre ! Inconcevable que tu ne ranges pas ta chaise quand tu as fini de manger. Je me dis que c’est ma mère qui aurait rangé cette chaise-là, ma mère qui aurait ramassé le papier ! On le voit partout, ce sont les mamans qui nettoient toutes nos bêtises ! Donc, franchement, par rapport à ça, je suis très carré, et je veux que mon entourage soit très carré aussi, très exigeant envers lui-même avant de l’être envers moi.
 
Quand tu es un homme public, de plus, il faut faire très attention à tout. Tu fais attention aux réseaux sociaux ?
Oui, mais j’y suis rarement ! On a tous Instagram, on scrolle, mais il faut faire attention… Après, notre génération a baigné dedans…
 
En parlant d’exigence, tu es entouré de deux préparateurs athlétiques et d’un cuisinier ?
J’avais un préparateur américain qui vivait avec moi à Salzbourg et à Rome, mais là il a des calendriers un peu différents, donc, quand il n’est pas là, je fais appel à un autre préparateur. J’en ai deux de ma ville, Samuel, qui fait plus ce qui est sur le terrain et renforcement, puis j’ai Tony pour la mobilité, l’énergie. Et je suis accompagné d’un chef. Mon coach américain a pour passion la cuisine, il a fait des études de nutritionniste, il jongle un peu entre le sport et les repas ! Mais là, j’ai en effet une cheffe qui m’accompagne au Havre, et je crois que c’est fondamental dans la vie d’un footballeur. Tu programmes tes journées, tu n’as pas d’oubli, et tu es concentré sur tes objectifs. Quand tu as du monde autour de toi, chacun sa tâche, pour te délivrer du reste.
 
Propos recueillis par Olivia Detivelle
Photos : Emmanuel Lelaidier