ven. 24 avril 2026
Sofiane Boufal : « Tu joues, mais pas que pour toi »
Arrivé en janvier, l’international marocain de 32 ans est déjà très apprécié des supporters havrais, et pas que pour ses statistiques (un but, trois passes décisives) et son habileté technique hors du commun. Rencontre avec un passionné de foot…
Sofiane, qu’as-tu ressenti samedi après ton but ?
De la satisfaction, j'étais aussi content parce qu'on menait au score, c'était un match important pour nous. J'ai ouvert mon compteur buts, ça donne de la confiance. J'en avais parlé avec le coach qui m'avait dit de croire plus en moi, de ne pas me fixer de limites. Après aussi, on a travaillé aussi avec Bryan (Bergougnoux) pour pouvoir ouvrir ce compteur buts rapidement. Mais malgré tout, il y a quand même la déception qu'on n'ait pas pris les trois points derrière. J'aurais préféré que ce but-là amène les trois points.
Et le fait d'avoir marqué à Angers, c'est particulier ?
Oui, bien sûr, c'est particulier parce que c'est ma ville, c'est là où j'ai été formé, etc. Mais après, un but marqué n'importe où, ça reste quand même particulier. Au moins trois ou quatre personnes m’ont dit avant le match que j’allais ouvrir mon compteur buts ce jour-là. Le destin a fait que ça devait être à Angers.
C'était la première fois que tu revenais à Angers comme adversaire ?
Comme adversaire, oui. Après, ça reste quand même un match de foot, il y a un peu d'émotions, mais quand on joue, on ne pense pas à l’à-côté, on est plus sur le match.
Pourquoi on joue au foot ? C'est pour ça, c'est pour les émotions ? Pour celle-ci, pour celle du but, pour le plaisir d'un beau geste ?
Bien sûr ! Moi, j'ai rêvé de devenir professionnel avant tout parce qu'il y a plusieurs joueurs qui m'ont procuré beaucoup d'émotions quand ils ont joué, quand je les ai vus à la télé, donc oui, ça te donne envie de faire ce métier, d'avoir ce genre d'émotions.
Quels joueurs, justement ?
Il y en a plusieurs, Zidane, Ronaldinho… c'étaient les joueurs qui m'inspiraient.
Ce sont eux qui t'ont donné envie d'escalader le grillage pour aller jouer sur le terrain de foot que tu voyais en bas de chez toi ?
Oui, c'est ça. Quand j’étais petit, j'allais souvent sur YouTube et je regardais leurs vidéos et après j'ai escaladé un grillage et j'ai essayé de refaire les mêmes. Ce sont vraiment eux qui m’ont inspiré.
Lors de quel match as-tu ressenti la plus grosse émotion ?
C’est lors de la Coupe du Monde avec le Maroc (NDLR : en 2022, Sofiane avait disputé les sept matches de la sélection marocaine, qui a terminé 4e de la compétition ; Sofiane lui-même avait été classé 4e meilleur dribbleur de la compétition). En fait, c'est surtout d'avoir procuré énormément d'émotions aux gens. C'est de voir que, juste avec le foot, on peut donner des émotions et des souvenirs énormes à certaines personnes. Le footballeur est dans une bulle. Ce n’est pas qu’il ne pense qu’à lui mais il vit dans une bulle, de temps en temps, il faut en sortir, c’est là que tu vois la vraie vie. Tu joues, mais pas que pour toi. Le système fait que tu ne penses pas loin mais nous, on est juste de passage, les supporters et les salariés, eux, restent. Le club leur appartient vraiment. Il faut tout faire pour pouvoir les aider.
As-tu le même plaisir sur le terrain maintenant que quand tu étais plus jeune ?
Non, c'est différent. Parce qu'avant, ce n'était pas mon métier. C'était une passion, un moment de plaisir avec des amis, etc. Là, aujourd'hui, c'est un métier, il y a des responsabilités, donc c'est totalement différent.
Quand as-tu compris que tu pouvais en faire un métier ?
Honnêtement, je l'ai compris depuis mon plus jeune âge. J'étais tellement un amoureux du foot, qui vivait H24 que pour le foot. Je savais que j'avais les qualités. Quand j'étais petit, j'étais différent d'autres joueurs. J'avais beaucoup de problèmes de croissance qui ont fait que je pouvais douter à un moment donné, mais, depuis tout petit, j'étais persuadé que j'allais finir professionnel.
Mais c'est ta différence qui a fait ta force !
Bien sûr. Etre plus petit, ça m'a fait travailler énormément de choses. Surtout, quand tu es plus petit, il faut que tu voies avant les autres, il faut que tu évites les coups, que tu sois beaucoup plus malin, donc c'est sur ce genre de choses-là que j'avais une avance sur les autres.
À l'école, tu étais comment ?
A l'école, j'étais quelqu'un « d'attachiant » ! (rires) Je pense que tous les professeurs que j'ai eus, quand j'étais plus jeune, devaient m'aimer comme me détester. J'étais quelqu'un avec la joie de vivre, aimant beaucoup rigoler, aimant beaucoup chambrer. Donc, j'étais un peu bavard, mais au fond, j'étais attachant.
Tu n'avais pas de plan B au cas où tu n'aurais pas été footballeur ? Tu n'avais pas d'autres envies ?
Non, à l'adolescence, je n'avais pas d'autres envies. J'avais un but précis, c'était celui-là, et je me suis donné les moyens de pouvoir le faire et changer la vie de ma famille.
C'était ça aussi le but, changer la vie des tiens ?
Oui, comme je te l'ai dit juste avant, quand tu joues, ce n'est pas que pour toi. J'avais des responsabilités dès l'adolescence, et je voulais le faire aussi pour les miens.
Tu as beaucoup voyagé, tu as disputé plein de compétitions, évidemment, tu as eu des adversaires et des coéquipiers aussi prestigieux. Retiens-tu un joueur particulier que tu as croisé ou avec lequel tu as joué ?
Je n'aime pas faire de bilan parce que ce n'est pas fini encore ! Mais un joueur qui m'a marqué ? Je dirais plus une équipe, celle de Guardiola, Manchester City. Quand on avait joué contre eux, ils m’avaient vraiment impressionné.
C'était vraiment impressionnant la manière dont ils jouaient, dont ils pressaient. Jouer contre eux, c'était une torture.
Et un coach que tu as eu qui t'a marqué ?
C'était mon premier coach, celui de ma première licence, c’était M. Gilles Latté. C'est lui qui m'a permis de jouer un an avant les autres. J’habitais dans un bâtiment et juste en bas, il y avait un terrain de foot et j'escaladais à chaque fois. J'avais un an de moins que les autres, je ne pouvais pas m'inscrire. Et à force de le faire tous les mercredis, il en a eu marre, à un moment donné ! (rires) Et il m'a laissé jouer avec eux. Après, je l'ai eu de 5 ans jusqu'à 10, 11 ans. C'est quelqu'un qui s'occupait de moi comme son fils, qui m’amenait au foot, qui m'offrait les claquettes du club,
j'étais le seul dans l'équipe à avoir les claquettes du club, les serviettes. On n’avait pas forcément de moyens. C'est lui qui m'a aidé et qui m'a marqué.
J'ai rarement été dans un vestiaire où il y a une telle ambiance, où tout le monde s'entend bien, où il n'y a pas de clan.
Quand on est un joueur comme toi, un joueur qui suscite l'admiration, comment on gère l'entourage ? Que ce soit les réseaux sociaux ou les amis pas toujours vrais ? Est-ce que tu t'es toujours protégé de ça ? Est-ce que tu as un clan à toi ?
Mon entourage, ce sont des gens que je connais depuis très longtemps. La plupart de mes amis sont des amis de très, très longue date. Après, le milieu du foot est comme ça, mais je ne dirai pas que ce n’est que le milieu du foot. C'est un milieu où il y a de l'argent en jeu, etc. C'est vrai qu'autour, il peut y avoir beaucoup de gens malhonnêtes. Je pense qu'il ne faut pas être trop parano non plus. Il faut savoir se protéger, certes, c'est très important. Mais je pense que, quand tu es une personne bonne et que tu fais du bien autour de toi, tu tomberas sur des gens qui seront bienveillants autour de toi.
Ton arrivée au Havre, elle se fait comment ?
Elle se fait rapidement. J'ai Mathieu au téléphone qui m'explique un peu le projet. On se donne rendez-vous pour faire une visio et, dans cette visio, il y a Mathieu (Bodmer), Julien (Momont), le coach (Didier Digard), Momo (El Kharraze). Ils m'expliquent un peu le projet de jeu, le club. Ils m'expliquent aussi ce qu'ils attendent, ce qu’ils veulent de moi. Je suis directement tombé dedans ! J'ai vraiment aimé la manière dont ils m'ont approché. Ce n’est pas anodin, mais le fait aussi de tomber sur des gens... Dans le foot, ce n'est pas partout pareil. Le fait de tomber sur des gens compétents, qui te connaissent par cœur et qui te disent exactement ce qu'ils attendent de toi, etc., ça m’a donné envie. Ce sont des passionnés, je suis un grand passionné de football, j'ai senti que c'était l'endroit où il fallait que je signe et où j'allais m'épanouir.
Le HAC, ça te parlait, avant ? Tu avais joué une fois au Stade Océane.
Oui, en Ligue 2. En toute honnêteté, ça me parlait, oui et non. En tant que passionné de foot, j'avais déjà vu des matchs du HAC, mais je ne m’étais jamais spécialement intéressé au club et à la ville. Maintenant, le fait de faire partie de cette famille, ça me fait vraiment plaisir.
Cet aspect famille, tu l’as ressenti d'emblée en arrivant dans le vestiaire ?
Oui, d'emblée. J'ai rarement été dans un vestiaire où il y a une telle ambiance, où tout le monde s'entend bien, où il n'y a pas de clan. J'ai rarement été dans des vestiaires comme ça. Comme on dit, il n'y a pas de fumée sans feu. Pour avoir de bons résultats, il faut être aussi unis et c'est ce que le club est. A tous niveaux.
Le match de dimanche, tu le vois comment ?
Je pense que chaque match, jusqu'à la fin de saison, est une finale. Il faut les prendre un par un. Ce match-là va être très important, d'autant que, plus tard, Nice et Auxerre vont s'affronter. C'est le moment de gagner à domicile, de renouer avec la victoire devant notre public. Ce match-là va être très important pour pouvoir se donner un peu d'air et enfin retrouver le chemin de la victoire.
As-tu un message à faire passer aux supporters ?
Honnêtement, merci du soutien. Ils ont toujours été top, ils nous ont toujours soutenus. Le stade est pratiquement rempli à chaque match. Contre Metz, on aura encore plus besoin d'eux, de ce douzième homme pour nous pousser et pour renouer avec cette victoire.
Propos recueillis par Olivia Detivelle
Photos : Emmanuel Lelaidier